En Indonésie, le président fait la chasse aux “agents de l’étranger”

En Indonésie, le président Prabowo Subianto cible les “agents de l’étranger”

Le 23 juillet, lors d’un discours à l’occasion de l’anniversaire du Parti du réveil national (PKB), le président indonésien Prabowo Subianto a évoqué la présence persistante de ce qu’il appelle des “londo ireng”, un terme javanais signifiant littéralement “Hollandais noir”. Historiquement, ce terme désignait des soldats africains recrutés par les forces coloniales néerlandaises, et il est désormais utilisé pour désigner des Indonésiens soupçonnés de collusion avec des puissances étrangères. Prabowo a insinué que certains journalistes, analystes et ONG seraient financés pour relayer ces intérêts étrangers, comme le rapporte The Jakarta Post.

Cette déclaration a suscité une réaction immédiate de l’Alliance des journalistes indépendants (AJI), qui a condamné les propos du président, les qualifiant de tentatives de discréditer les voix critiques. Bayu Wardhana, secrétaire général de l’AJI, a déclaré que le président devrait plutôt s’attaquer aux problèmes de fond.

Les critiques ne concernent pas uniquement les journalistes. Dans un article de l’édition indonésienne de la Deutsche Welle, un économiste du Center of Economic and Law Studies (Celios) a été accusé d’être un agent financé par le milliardaire George Soros, ce qui a entraîné une vague de harcèlement en ligne et des menaces à l’encontre de sa famille.

Ce type de rhétorique n’est pas nouveau. Depuis son accession au pouvoir, Prabowo utilise régulièrement la notion d’“agents de l’étranger” pour délégitimer ses opposants. Un rapport d’Amnesty International, publié en mai, a dénoncé une campagne systématique de désinformation orchestrée par l’État pour réduire au silence les détracteurs du gouvernement. L’organisation a également mentionné l’implication présumée de l’armée et du Parti Gerindra dans des campagnes de harcèlement numérique menées par des influenceurs.

Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International, a déclaré à la Deutsche Welle que la désinformation en ligne est devenue un outil majeur pour discréditer les critiques du gouvernement et justifier des mes répressives.

Source : The Jakarta Post, Deutsche Welle, Amnesty International

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