La recette des sécheresses à répétition
Aménagements et mauvaise gestion des sols
L’artificialisation des sols joue un rôle primordial dans les problèmes d’eau que nous rencontrons. Les sols des zones urbaines sont aujourd’hui largement imperméabilisés, ce qui empêche l’eau de s’infiltrer, et donc d’aller remplir les réserves souterraines.
Il en va de même pour les sols agricoles, dont la surface agricole utile (SAU) occupe 52 % du territoire hexagonal : destruction de la structure des sols, destruction des zones humides et des haies qui permettaient l’infiltration de l’eau. Un sol vivant et en bon état agit comme une éponge, tandis qu’un sol en mauvais état laisse glisser l’eau sans la retenir. Cela provoque une augmentation des débits dans les cours d’eau, pouvant mener à des inondations, alors que l’eau rejoint les océans sans avoir le temps de s’infiltrer. Ce mauvais état des sols a contribué à accélérer le cycle de l’eau, alors qu’il faudrait le ralentir. C’est pourquoi sécheresse et inondations sont les deux faces d’une même pièce.
Stocker l’eau ? La fausse bonne idée !
“Yaka stocker l’eau”, pourrait-on penser. La nature fait cela très bien et gratuitement, pour peu qu’on lui en donne l’occasion. Cependant, les retenues d’eau artificielles aggravent les sécheresses qu’elles sont censées combattre. En Espagne, une étude a révélé que les bassins versants comportant le plus de barrages sont également ceux qui connaissent le plus de sécheresses. De plus, le stockage crée un cercle vicieux de surconsommation de l’eau.
Notre système agricole consomme trop d’eau
Eau potable, sécurité incendie, tourisme, refroidissement des centrales nucléaires, industrie, agriculture, hydroélectricité : toutes ces activités nécessitent de l’eau douce. La plupart d’entre elles restituent une partie de l’eau aux milieux, parfois après traitement. À l’inverse, l’irrigation ne restitue pas l’eau, et le stockage entraîne des pertes de quantité (évaporation) et de qualité (l’eau stockée chauffe, des algues se développent, etc.).
De plus, l’irrigation de certaines cultures céréalières, comme le maïs, consomme une grande quantité d’eau au moment le plus critique : l’été. Ces choix de culture, soutenus pour leur rendement, coûtent très cher en eau.
Si nous continuons à prélever plus que ce que les milieux peuvent délivrer, tant pendant les hautes eaux, où les réserves se reconstituent, que durant les basses eaux (mai à novembre), les sécheresses seront inévitables, aggravées par l’absence de pluie. À l’horizon 2050, les débits moyens annuels pourraient diminuer de 10 % à 40 % et la vitesse de recharge des nappes de 10 à 25 %.
Quelles solutions pour s’adapter ?
Moins prélever, adapter les usages : l’indispensable sobriété
La sobriété est un impératif. Dans une étude prospective sur l’eau en 2050, le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan indique que la situation hydrique devrait se dégrader entre 2020 et 2050, non seulement en été, mais aussi en hiver, dans la majorité de la France. Cela résulte d’une diminution de la ressource en eau et d’une augmentation de la demande en prélèvements et en consommations. Ces constats appellent à planifier dès aujourd’hui les transformations des pratiques pour limiter les pressions sur les écosystèmes et les conflits entre les différents usages de l’eau.
La Cour des Comptes souligne que la réduction des prélèvements apparaît comme l’unique solution à même de résoudre à court terme le déséquilibre entre la disponibilité de la ressource et le niveau de ces prélèvements.
Source : FNE (France Nature Environnement)
