Carbone, inégalités et science-fiction | Pour la Science

Carbone, inégalités et science-fiction

Le thème des inégalités s’impose de plus en plus dans les débats environnementaux. Le dernier rapport du GIEC souligne que les crises climatique et d’inégalités sont « entrelacées, fusionnées et s’alimentent mutuellement », comme le mentionne le rapport d’Oxfam, Égalité climatique, une planète pour les 99 %. En marge du Forum économique mondial à Davos, l’association a également dénoncé des « niveaux d’inégalités obscènes ».

Les pays et populations les plus défavorisés sont les plus vulnérables aux changements climatiques, bien qu’ils en soient peu responsables. À l’inverse, les pays et populations favorisés, bien que majoritairement responsables des émissions, sont les moins touchés et les plus capables de mettre en œuvre des solutions.

La World Inequality Database, coordonnée par des économistes tels que Thomas Piketty, révèle des chiffres frappants : la moitié la plus pauvre de la population mondiale détient seulement 2 % de la richesse totale et perçoit 8,5 % du revenu mondial. En revanche, le dernier 10 % concentre 76 % de la richesse et 52 % des revenus. Les émissions de gaz à effet de serre reflètent également cette disparité : la moitié la plus pauvre est responsable de 12 % des émissions, tandis que les 10 % les plus riches en représentent 48 %.

Il est également alarmant de constater qu’au cours des quarante dernières années, les pays se sont enrichis, tandis que les États se sont appauvris. Oxfam estime que le monde pourrait connaître son premier trillionnaire d’ici une décennie, alors que le PIB de la France en 2023 était d’environ 3 000 milliards d’euros.

Ces données montrent que les inégalités ne sont pas inévitables, mais résultent de choix politiques. Bruno Latour évoque une « sécession des élites » qui, depuis les années 1980, ont anticipé les limites de la mondialisation et les défis environnementaux. Cette dynamique a conduit à une dérégulation et à un démantèlement de l’État-providence, exacerbant les inégalités.

La vision futuriste d’Elon Musk, qui envisage d’envoyer les plus riches sur Mars, illustre cette fracture. Pendant ce temps, d’autres, comme Mark Zuckerberg, investissent dans des bunkers à Hawaï, tandis que certains entrepreneurs de la Silicon Valley se tournent vers la Nouvelle-Zélande comme refuge. Face à ces tendances, une taxation mondiale des ultrariches pourrait être envisagée pour éviter que les 99 % ne se révoltent contre les Bastilles technologiques.

Source principale : Oxfam, Égalité climatique, une planète pour les 99 %, novembre 2023.

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