Retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CPI : Fin de partie de la justice pénale internationale ?
Le Burkina Faso, le Mali et le Niger, réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont annoncé le 30 juin 2026 leur retrait de la Cour pénale internationale (CPI). Cette décision s’inscrit dans une stratégie de distanciation vis-à-vis de plusieurs organisations internationales. Après leur départ de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en janvier 2025 et de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) en mars 2025, ces États cherchent à redéfinir leurs relations avec des institutions qu’ils considèrent comme inféodées à la France et aux puissances occidentales.
Le 22 septembre 2025, les États membres de l’AES avaient exprimé leur intention de se retirer « immédiatement » de la CPI, dénonçant un « instrument de répression néocoloniale aux mains de l’impérialisme ». Cependant, cette annonce n’a pas été suivie d’effets immédiats, aucune notification n’ayant été adressée au Secrétaire général des Nations unies à l’époque. La procédure de retrait a finalement été officialisée le 30 juin 2026. Selon l’article 127 du Statut de Rome, le retrait ne prendra effet qu’un an après cette notification.
Les dirigeants de l’AES ont affirmé vouloir « affirmer pleinement leur souveraineté », bien que cette souveraineté semble dépendre du soutien russe et d’une coopération croissante avec la Turquie, notamment pour le Niger. Dans leur déclaration de septembre 2025, ils ont critiqué la CPI pour son incapacité à juger les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité, évoquant une politique du « deux poids, deux mes ».
La CPI conservera sa compétence sur ces faits, et la décision de ces États témoigne d’une défiance croissante à l’égard du système international.
À court terme, les conséquences juridiques de ce retrait sont limitées, car l’entrée en vigueur de cette décision n’interviendra qu’un an après la notification. Les États concernés restent tenus de coopérer avec la CPI durant cette période. Toutefois, si ces États, en particulier le Mali, choisissent de ne plus coopérer, cela pourrait entraver la capacité de la CPI à mener des enquêtes et à recueillir des preuves.
La situation des populations victimes dans ces pays est préoccupante. La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) a exprimé des inquiétudes quant à la fragilisation des recours pour les victimes, qui voient dans la CPI un dernier espoir d’obtenir justice. Après leur retrait de la CEDEAO, la perte de la protection de la CPI pourrait laisser les victimes sans recours face aux violations des droits humains.
En conclusion, les questions demeurent quant à l’accès à la justice pour les populations du Burkina Faso, du Mali et du Niger, dans un contexte de crise sécuritaire prolongée.
Source : BBC Afrique
