Sécheresse: une été avec moin d'eau en Suisse cette été?
Deux personnes sur un ponton contemplent un lac asséché
Deux personnes constatent les effets de la sécheresse dans l’Untersee, le plus petit des deux lacs qui forment ensemble le lac de Constance, en Suisse, le 13 août 2022. Keystone / Gian Ehrenzeller

La Suisse est confrontée à des réserves d’eau exceptionnellement basses. La sécheresse peut avoir des effets inattendus, mais des mes simples peuvent éviter des situations critiques.

Cinquante ans après la «sécheresse du siècle» de 1976, et après les étés caniculaires de 2003, 2015, 2018 et 2022, la Suisse doit de nouveau faire face à un grave déficit hydrique cette année.

Entre le 1er avril et le 28 juin, il n’est tombé en moyenne que 185 mm de pluie à l’échelle nationale, soit environ la moitié de la normale, selon l’Office fédéral de météorologie et de climatologie (MétéoSuisse). Le 25 juin, la Confédération a relevé le niveau d’alerte de sécheresse au niveau maximal sur une grande partie du pays. De nombreuses communes ont mis en place des restrictions de consommation d’eau.

La Suisse, malgré ses innombrables rivières, lacs et glaciers, n’est pas à l’abri de la sécheresse. Le changement climatique accentue l’intensité et la durée des périodes de pénurie d’eau. Les conséquences sont parfois inimaginables et vont bien au-delà des rivières asséchées et des prairies jaunies. La sécheresse peut par exemple compromettre l’approvisionnement en produits pétroliers, une situation que même la guerre en Iran n’a pas provoquée jusqu’à présent.

Le niveau des lacs et des rivières en Suisse est exceptionnellement bas

Dans une grande partie de la Suisse, les débits des cours d’eau – y compris ceux des plus grands, comme le Rhin – sont faibles à très faibles. L’enneigement inférieur à la normale en montagne a réduit l’apport de la fonte printanière, ce qui a des répercussions sur les principaux cours d’eau de plaine. Les niveaux de plusieurs lacs, dont ceux de Constance et des Quatre-Cantons, sont inhabituellement bas.

Les nappes phréatiques présentent également des niveaux allant de normaux à très bas, surtout dans les Alpes.

Au 20 juillet, le taux de remplissage des bassins d’accumulation était de 51%, une valeur inférieure à la moyenne pluriannuelle 2013-2021, qui est de 68%.

La situation actuelle résulte de plusieurs mois de précipitations insuffisantes, aggravés par des températures de l’air particulièrement élevées. Les pluies enregistrées localement à la mi-juillet pourraient atténuer temporairement les effets de la sécheresse. Elles ne suffisent toutefois pas à garantir une amélioration durable de la situation, prévient MétéoSuisse.

Les réservoirs naturels de la Suisse sont en train de disparaître

En 2025, la sécheresse a touché près d’un tiers de la surface terrestre. La diminution des précipitations est en cause, mais pas seulement. Le réchauffement de l’atmosphère, dû au changement climatique, accélère l’évaporation du sol et la perte d’eau par la végétation.

La sécheresse ne touche plus uniquement les régions désertiques. Elle s’étend aussi aux zones tempérées et densément peuplées. Certaines régions de la Méditerranée, des États-Unis et de l’Australie sont confrontées depuis des années à des périodes de sécheresse persistantes. D’ici 2050, la sécheresse pourrait toucher les trois quarts de la population mondiale et réduire sensiblement la production agricole.

La sécheresse constitue également un défi croissant en Suisse. Les glaciers reculent et la couverture neigeuse à la fin de l’hiver diminue. «Ces réservoirs naturels, qui permettaient de compenser le déficit hydrique estival, sont en train de disparaître», explique Vincent Humphrey, de MeteoSuisse. Dans le même temps, la consommation d’eau pour l’irrigation des champs augmente.

La Suisse s’assèche-t-elle?

Selon une analyse de l’University College de Londres et du quotidien britannique The Guardian, la Suisse figure parmi les pays européens ayant enregistré la plus forte diminution de leurs réserves d’eau souterraine depuis le début des années 2000. L’étude s’appuie sur des données satellitaires qui ment les variations du champ gravitationnel terrestre.

Vincent Humphrey suppose que la carte élaborée par The Guardian a pris en compte la fonte des glaciers alpins. «Cela expliquerait pourquoi le déclin semble si marqué en Suisse», avance-t-il.

Les données historiques des stations de me de la Confédération ne montrent pas de diminution généralisée et à long terme des eaux souterraines. «On n’observe pas non plus de xploitation des nappes phréatiques», précise-t-il.

Les effets inattendus de la sécheresse sur l’essence et le bétail

La sécheresse peut avoir de graves répercussions sur le plan environnemental et socio-économique. Elle cause de graves dommages à l’agriculture, réduit la biodiversité et accroît le risque de feux de forêt.

La pénurie d’eau a un impact négatif sur la production d’énergie, et pas seulement sur l’hydroélectricité. Lorsque le débit des rivières diminue, l’eau se réchauffe plus rapidement, ce qui peut avoir des conséquences sur les centrales nucléaires. Le 26 juin 2026, le groupe énergétique Axpo a indiqué avoir temporairement arrêté les deux réacteurs nucléaires de la centrale de Beznau, dans le nord de la Suisse, en raison de températures élevées de l’Aar, qui étaient montées jusqu’à 25° C.

Lors des sécheresses de 2018 et 2022, la Suisse a dû puiser dans ses réserves stratégiques de produits pétroliers, rappelle Vincent Humphrey. Le niveau du Rhin était tombé à des niveaux historiquement bas, entravant la navigation et donc l’importation par voie fluviale d’une partie de l’essence, du diesel et du mazout consommés dans le pays.

La sécheresse peut en outre limiter fortement la production de fourrage. Lorsque son importation devient trop coûteuse, les éleveurs sont contraints d’abattre une partie de leur cheptel. Vincent Humphrey rappelle que lors de la sécheresse de 1976, 25’000 animaux supplémentaires ont dû être abattus en Suisse.

Priorité à l’irrigation et aux réserves d’eau pour la lutte contre les incendies

«La sécheresse touche de nombreux secteurs et de vastes territoires: la combinaison de ces effets est souvent sous-estimée», souligne Vincent Humphrey. «On pense pouvoir gérer chaque impact individuellement, mais c’est l’ensemble qui crée le plus gros problème.»

En Suisse, il n’existe pas de hiérarchie standardisée des usages de l’eau au niveau national. En général, les communes et les entreprises qui gèrent le réseau d’eau définissent à l’avance les stratégies et les restrictions à appliquer en cas de sécheresse. Les usages les moins prioritaires sont souvent ceux qui n’ont pas de valeur économique ou écologique, comme le lavage de voiture.

«On part du principe qu’il est plus utile pour la société d’irriguer les cultures, d’alimenter les piscines publiques ou de maintenir les réserves anti-incendie», explique-t-il. Les prélèvements dans les cours d’eau sont strictement réglementés et la loi fixe des débits résiduels minimaux.

La gestion de la sécheresse en Suisse est un modèle pour d’autres pays

La Suisse dispose depuis mai 2025 d’un système de surveillance et d’alerte en cas de sécheresse. Cette nouvelle plateforme combine des données météorologiques, hydrologiques et satellitaires. Elle fournit des informations actualisées sur les précipitations, les débits des rivières et les niveaux des lacs dans toutes les régions du pays.

«Nous nous sommes inspirés de ce qui se fait à l’étranger, par exemple en République tchèque, en Slovaquie et aux États-Unis», explique Vincent Humphrey. La Suisse a elle-même servi de modèle à d’autres pays, car elle a été la première nation à traiter la sécheresse au même titre que d’autres dangers naturels tels que les orages, les avalanches et les incendies de forêt.

«Nous avons également choisi de prendre le risque d’émettre des alertes de sécheresse avec deux semaines d’avance», précise le météorologue. La première alerte avait été diffusée fin juin 2025, puis levée grâce aux pluies de mi-juillet.

Source : Swissinfo.ch

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