L’Italie tente d’extrader Carlo Bruzzese : fugitif de la mafia ou fils innocent ?
Carlo Bruzzese, résidant d’une maison de cinq chambres et six salles de bains dans la région de Toronto, ne semble pas correspondre à l’image d’un homme en fuite. Âgé de 41 ans, il est père de quatre enfants et gère une entreprise de construction, selon des documents publics. Cependant, en Italie, les procureurs le considèrent comme un fugitif, membre de la ‘Ndrangheta, une organisation mafieuse calabraise impliquée dans le trafic de drogues, le truquage d’offres et l’extorsion. Bruzzese est recherché depuis 16 ans pour des liens présumés avec la mafia et a été condamné par contumace à six ans de prison.
Des preuves remontant à 2008
Les autorités italiennes disposent de preuves, y compris des écoutes téléphoniques et des conversations secrètes enregistrées en 2008, où il est fait mention d’un certain « Franco » occupant un haut rang dans l’organisation de Carmelo Bruzzese, le père de Carlo. Les enquêteurs avancent que « Franco » fait référence à Carlo.
Le 22 avril, Carlo Bruzzese a été arrêté à Vaughan, Ontario, en vertu d’un mandat d’arrêt émis par les autorités italiennes. Selon la porte-parole de la police de Toronto, Nadine Ramadan, cette arrestation a été effectuée par une escouade des fugitifs.
Libération sous caution
Après son arrestation, Bruzzese a obtenu sa libération sous caution neuf jours plus tard, grâce à un montant de 4 millions de dollars garanti par des membres de sa famille. Il doit porter un dispositif de suivi GPS et rentrer chaque soir à son domicile, une propriété estimée à 3,3 millions de dollars, équipée de caméras de surveillance.
Les autorités italiennes avaient initialement émis un mandat d’arrêt contre Carlo Bruzzese en 2010, à la suite d’une enquête approfondie sur la mafia. En 2012, il a été condamné par contumace pour association mafieuse, un chef d’accusation qui, selon son équipe juridique, n’a pas d’équivalent au Canada.
Une décision qui surprend les avocats
L’avocat de Bruzzese, Marco Sciarra, a exprimé des doutes quant aux motivations de l’Italie pour demander son extradition après un silence de près de dix ans. Il a souligné que la Couronne fédérale canadienne semblait vouloir avancer rapidement dans cette affaire sans donner le temps nécessaire pour préparer une réponse adéquate.
Martin Nati, avocat du gouvernement fédéral, a précisé que le Canada ne contrôle pas quand l’Italie demande une extradition, affirmant que c’est à l’Italie de décider du moment de la demande.
Question d’extradition
L’avocat principal de Bruzzese, Michael Lacy, a indiqué que son client allait contester l’extradition, soulevant la question de savoir si un Canadien peut être extradé pour une infraction d’association mafieuse en Italie, qui pourrait ne pas être considérée comme un crime au Canada.
Contexte familial
Le père de Carlo, Carmelo Bruzzese, a été décrit comme un « capo » de la ‘Ndrangheta. Il a affirmé que les autorités italiennes s’attaquaient à son fils pour des raisons de harcèlement familial. En 2015, la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada a conclu que Carmelo Bruzzese n’avait pas l’autorisation d’entrer au Canada en raison de ses liens avec le crime organisé.
Les implications de cette affaire soulèvent des questions sur la coopération internationale en matière d’extradition et sur la manière dont les accusations de liens mafieux peuvent influencer les vies de ceux qui en sont accusés.
Avec les informations de CBC News
