Faut-il freiner la croissance de la population mondiale pour préserver la planète ?
L’idée de réduire la croissance démographique pour lutter contre le changement climatique refait surface dans le débat public. Valérie Golaz, directrice de recherche à l’Institut national d’études démographiques (Ined), et Bénédicte Gastineau, démographe à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), s’opposent à cette notion, la qualifiant d’inefficace et stigmatisante.
Elles soulignent que l’accès aux services de santé reproductive est un droit fondamental, actuellement menacé par le retrait américain de l’aide au développement. Selon elles, la croissance démographique est souvent associée à des pays en développement, notamment en Afrique subsaharienne, alors que les émissions de gaz à effet de serre proviennent principalement des pays riches tels que les États-Unis, la Chine, l’Europe et le Japon, où la fécondité est déjà bien en dessous du seuil de remplacement.
Influencer la démographie en Afrique n’aurait pas d’impact significatif sur les émissions mondiales. De plus, même si cela était possible, les effets seraient à long terme, alors que des réductions immédiates des émissions sont nécessaires dans la prochaine décennie.
Les deux chercheuses mettent en avant que les politiques de contrôle de la population sont souvent inefficaces. Les rythmes de croissance démographique ne se laissent pas facilement influencer par les politiques, même dans des contextes comme celui de la Chine.
Il est également important de noter que l’Afrique subsaharienne ne constitue pas un bloc homogène. La transition démographique y est déjà en cours dans plusieurs pays. Par exemple, la fécondité au Kenya a été réduite de plus de la moitié, passant de huit à trois enfants par femme en cinquante ans. Bien que la fécondité recule, la population continuera de croître jusqu’en 2100 en raison de la structure démographique actuelle.
Golaz et Gastineau mettent en garde contre le retour du discours néomalthusien, qui pourrait servir de prétexte pour éviter de prendre des mes responsables face au changement climatique. Elles affirment que ce discours est peu soutenu par les acteurs politiques des pays concernés, qui privilégient des approches basées sur la santé et les droits.
Les migrations, souvent évoquées comme conséquence du changement climatique, sont également plus complexes. Les chercheurs notent que les migrations liées aux catastrophes climatiques sont souvent internes, et que les personnes touchées par ces événements manquent généralement des moyens nécessaires pour migrer à l’international.
Enfin, le changement climatique pourrait avoir des effets indirects sur la fécondité en aggravant les inégalités et en appauvrissant les populations vulnérables. L’accès à la santé reproductive et à l’éducation reste crucial pour permettre aux individus de décider de leur fécondité.
Le retrait américain des programmes d’aide internationale a réduit le soutien à ces initiatives, rendant difficile l’évaluation de leurs impacts.
Sources : Valérie Golaz et Bénédicte Gastineau, Institut national d’études démographiques (Ined), Institut de recherche pour le développement (IRD).
