Se baigner malgré les cyanobactéries : l’expérimentation réussie des gorges du Tarn

Se baigner malgré les cyanobactéries : l’expérimentation réussie des gorges du Tarn

Millau (Aveyron), reportage — Les gorges du Tarn, destination prisée par près d’un million de visiteurs chaque été, font face à un défi environnemental majeur : la prolifération de cyanobactéries dans leurs eaux. Ces microorganismes, bien que potentiellement toxiques, n’interdisent pas la baignade sur ce territoire qui a choisi d’apprendre à vivre avec ce risque.

L’histoire de cette problématique débute dans les années 2000, lorsque des décès mystérieux de chiens entraînent une vive inquiétude. Les médias évoquent alors des eaux devenues mortelles, mais il s’avère que la cause réside dans certaines cyanobactéries benthiques, se développant sur le fond des rivières.

Un contexte de sensibilisation

Stéphanie Braud, experte en milieux aquatiques pour le syndicat mixte du Tarn-amont, souligne que chaque été, ces microorganismes prolifèrent. Avec le changement climatique, leur multiplication s’accélère dans des zones chaudes et peu profondes. Catherine Quiblier, chercheuse au Muséum national d’histoire naturelle, précise que cette situation n’est pas exclusive aux rivières du sud de la France, mais se généralise.

Pour préserver le tourisme local, essentiel à l’économie de la région, les acteurs locaux ont mis en place un protocole de suivi rigoureux, soutenu par les agences régionales de santé. Des partenariats ont également été noués avec des chercheurs néo-zélandais spécialisés dans ce domaine.

Sensibilisation et prévention

Les actions de sensibilisation sont au cœur de cette démarche. Des affiches et flyers sont distribués dans les lieux touristiques, tandis que des « ambassadeurs » vont à la rencontre des baigneurs pour les informer des risques. Au total, environ 2 500 personnes sont rencontrées chaque été par ces animateurs.

Le territoire compte 43 sites de baignade, dont quatre surveillés. Les équipes de surveillance établissent un niveau de vigilance en fonction de la présence de cyanobactéries, allant du vert au rouge. Une carte en ligne permet de suivre les zones à risque.

Résultats encourageants

Cette stratégie proactive a porté ses fruits : la mortalité des chiens a considérablement baissé, avec 33 des 37 cas de décès liés à des cyanobactéries survenus avant 2007. Aucune intoxication humaine n’a été signalée depuis la mise en place de ces mes.

Le bassin versant du Tarn-amont est aujourd’hui le seul territoire en France à autoriser la baignade malgré la présence de cyanobactéries, grâce à un protocole de communication préventive établi depuis plus de dix ans.

Conclusion

Cette approche innovante permet non seulement de préserver la santé publique, mais aussi de maintenir l’attractivité touristique des gorges du Tarn, tout en sensibilisant le public aux risques associés aux cyanobactéries.

Source : Reporterre

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