Un café « et plein d’autres belles choses » : les vendredis d’Anne-Laure au centre de Carentoir
20 juillet 2026
Au centre itinérant de Carentoir (56), les amitiés se nouent autour de l’aide alimentaire. Dans un contexte où plus d’un quart des personnes accueillies affirme « n’avoir personne sur qui compter », bavarder simplement et prendre des nouvelles les uns des autres, c’est aussi recommencer à espérer.
« Ce jour-là, je me lève et je suis contente. Je sais que je vais avoir mon petit café, voir des gens que je connais, discuter, prendre des nouvelles des uns et des autres… » Anne-Laure, la petite trentaine, ne raterait les rendez-vous du vendredi matin à Carentoir pour rien au monde. Elle y débarque, rayonnante, et les bénévoles l’accueillent toujours avec le sourire. Sa complicité avec Didier, responsable bénévole du centre itinérant, témoigne de ce lieu Restos : un refuge où l’on est reconnu, considéré et où l’on existe. Anne-Laure s’y sent comme chez elle.
Sa première visite n’allait pourtant pas de soi. Comme beaucoup, elle a dû surmonter le mur invisible de la honte. « On se dit souvent que ce n’est pas notre place », confie-t-elle. Elle enjoint donc les personnes en difficulté qu’elle croise à franchir la porte des Restos, afin d’y trouver la chaleur humaine et le réconfort.
Au coin café du vendredi matin, à Carentoir, on ne parle pas « d’accidents de vie » mais de parcours semés d’obstacles. « Et ta fille, ça va comment ? », demande-t-on à Jean, qui sirote un thé au lait à la table d’à côté. Ailleurs, on s’inquiète de l’absence de Fabrice, habitué des vendredis. Non loin d’Évelyne et de son mari, retraités pour qui Carentoir représente souvent l’unique sortie de la semaine, Aurore, la vingtaine, se confie : « Je suis toute seule depuis le décès de ma mère. Heureusement que les Restos étaient là. »
Une étude menée par l’Observatoire des Restos sur les personnes accueillies révèle qu’à l’isolement social s’ajoute une santé mentale dégradée et la disparition des loisirs. Un tiers des personnes accueillies se sentent seules souvent, voire presque tous les jours. Plus de la moitié (53 %) déclarent ne pas parvenir à profiter de leurs proches, et 27 % affirment n’avoir personne sur qui compter.
À Carentoir, comme dans les 2300 centres Restos, on est conscient qu’un repas ne suffit pas. On se nourrit aussi de liens, de mots, de normalité, et comme le dit Anne-Laure, de « plein d’autres belles choses ».
Source : Observatoire des Restos
