Requin blanc en Méditerranée : une rencontre inédite et rassurante
C’était une rencontre inattendue. Alors qu’ils se trouvaient à 40 mètres de profondeur dans la Méditerranée, pour nettoyer les fonds marins au large de la Sicile, une équipe de plongeurs bénévoles de la fondation Healthy Seas s’est retrouvée nez à nez avec un requin blanc. Cet événement rarissime survient alors que cette espèce est classée en danger critique d’extinction dans ce secteur.
Au moment de ce face-à-face furtif, les plongeurs se trouvaient près d’une épave de navire. Ils s’évertuaient à retirer des débris du bateau, notamment des filets de pêche abandonnés, qui constituent de véritables pièges pour les tortues. C’est alors qu’une silhouette massive surgit. Le requin blanc, l’un des plus gros prédateurs marins, me en moyenne de quatre à six mètres.
Conscient du caractère exceptionnel de l’instant, le plongeur néerlandais Derk Remmers a saisi sa caméra. « Le requin était assez proche de nous. Mes doigts tremblaient alors que j’essayais de mettre en route ma caméra. Ma plus grande peur, c’était de ne pas réussir à filmer ce moment incroyable », a-t-il déclaré à la BBC. Il a également ajouté qu’il est « statistiquement plus probable de gagner le jackpot à la loterie que de rencontrer un animal aussi emblématique sous l’eau ».
La fondation Healthy Seas a partagé ces images sur les réseaux sociaux le 8 juin, à l’occasion de la Journée mondiale des océans, affirmant qu’il s’agissait du premier film réalisé sur un requin blanc évoluant dans son milieu naturel en Méditerranée. Bien que l’espèce soit présente dans les océans tempérés et tropicaux du monde entier, sa présence en Méditerranée était devenue extrêmement rare.
Le grand requin blanc est connu en Méditerranée depuis l’Antiquité, notamment en Italie, Sicile, Sardaigne, Corse, Tunisie, mer Adriatique et Grèce. Cependant, la pêche industrielle, les captures accidentelles et la dégradation des écosystèmes ont provoqué un effondrement spectaculaire des effectifs. « La population de requin blanc est extrêmement réduite dans cette région, on parle de moins de 100 requins recensés dans tout le bassin méditerranéen », a commenté Gilles Gambini, biologiste marin, dans Nice-Matin.
Cette rencontre fortuite envoie un signal d’espoir. La présence de ce requin atteste d’un écosystème marin en suffisamment bon état pour nourrir un si gros prédateur. Cela signifie que les niveaux inférieurs de la chaîne alimentaire fonctionnent correctement.
La directrice de Healthy Seas a souligné que ces images rappellent qu’une biodiversité remarquable subsiste encore loin des côtes, dans une mer semi-fermée et pourtant xploitée. « Des moments comme celui-ci nous rappellent combien la vie reste présente dans les eaux méditerranéennes au large et combien il est important de la protéger », a-t-elle déclaré.
Cette observation isolée ne permet pas de tirer de conclusions sur l’évolution de la population de grand requin blanc en Méditerranée. D’autres travaux de suivi seront nécessaires.
Le plongeur Derk Remmers a exprimé l’espoir que ses images ne sèmeraient pas la panique, le requin ayant été observé loin des côtes et ne représentant aucun danger. Les images qu’il a enregistrées sont désormais à disposition des chercheurs pour améliorer leurs connaissances sur la répartition, les habitudes et le comportement de cette espèce en danger.
Source : La Croix
