« La loi de la honte » : Adoptée au Sénat, la loi d’urgence agricole suscite la colère de la docteure Judith Louyot
Adoptée définitivement par le Sénat mardi 21 juillet, la loi d’urgence agricole continue de faire débat. La Dre Judith Louyot, représentante de Générations Futures, dénonce des risques pour la santé et l’environnement.
La loi d’urgence agricole a été adoptée par le Sénat avec 214 voix pour et 111 voix contre. Ce texte prévoit la possibilité de déroger à l’interdiction de certains pesticides, comme l’acétamipride, interdit en France depuis 2018, ainsi que des mes sur le stockage de l’eau agricole. Ces dispositions ont été critiquées depuis le début de la discussion du projet de loi. La docteure Judith Louyot a exprimé son opposition lors d’une interview sur le plateau de France 3 Hauts-de-France.
Qu’est-ce qui vous choque dans cette loi ?
« Je l’appelle la loi de la honte. Deux millions de personnes, l’année dernière, ont dit qu’ils ne voulaient pas de la réintroduction des néonicotinoïdes dans notre pays. Et les députés aujourd’hui font fi complètement de l’avis des citoyens et des quinze sociétés savantes. Tous les médecins sont unanimes pour dire qu’on ne doit pas mettre sur les marchés des molécules qui sont dangereuses et toxiques. Et les députés n’en font qu’à leur tête. »
Quels sont les risques associés aux néonicotinoïdes ?
« Les néonicotinoïdes interfèrent avec la neurotransmission, affectant le bon fonctionnement de notre cerveau. Ils peuvent passer dans le liquide céphalorachidien des enfants in utero. Des études montrent que l’exposition à certains néonicotinoïdes est liée à un périmètre crânien plus faible à la naissance et à un risque accru d’hyperactivité entre 3 et 6 ans. Il y a également des préoccupations concernant des troubles de la reproduction et des doutes sur le potentiel perturbateur endocrinien. »
Comment lutter contre cette loi ?
« Nous pouvons dénoncer et critiquer la façon dont tous les pesticides de synthèse sont homologués au niveau européen. Il existe d’énormes failles dans ces homologations, et c’est contre cela qu’il faut également lutter. »
Quelle réponse aux arguments des agriculteurs ?
« La santé humaine doit passer avant tout. Il n’y a aucune considération économique qui peut être au-dessus de la santé des enfants. Ces agriculteurs ont aussi des enfants et des petits-enfants. Rien ne justifie de sacrifier la santé des enfants. »
Impact sur l’eau
La loi aura aussi un impact sur l’eau, avec l’autorisation de méga-bassines. D’ici 2035, la capacité de stockage destinée à l’agriculture pourrait doubler. « C’est encore l’agro-industrie qui s’accapare l’eau et qui fait fi du vivant. Les députés se mettent au service de l’agro-industrie. Ce n’est plus de l’agriculture, c’est de l’industrie. »
Source : France Télévisions
