Face à Airbnb et consorts, les métropoles européennes durcissent le ton
Les habitants de plusieurs grandes villes européennes, telles que Barcelone, Lisbonne, Marseille, Athènes et Naples, expriment leur mécontentement face aux conséquences de l’hypertourisme, notamment sur le logement. Des inscriptions telles que « Fuck Airbnb » et « Tourists go home » sont visibles sur les murs de ces métropoles, témoignant d’un ras-le-bol croissant.
La montée en puissance de la location de courte durée (LCD), illustrée par le succès d’Airbnb, modifie profondément le paysage urbain. Bien que les meublés de tourisme ne soient pas les seuls responsables de la pénurie de logements à long terme et de l’augmentation des loyers, leur impact est significatif. De nombreuses études menées à Berlin, Londres, Barcelone et ailleurs montrent que chaque logement transformé en meublé de tourisme contribue à la hausse des loyers et des prix d’achat dans son voisinage, particulièrement dans les quartiers les plus touristiques.
Les chercheurs Thomas Aguilera, Francesca Artioli et Claire Colomb soulignent que les inégalités sont plus marquées dans les centres urbains français, où la spéculation sur les logements les moins chers est la plus rentable. Les populations vulnérables, notamment les étudiants et les familles à faibles revenus, sont particulièrement touchées.
Face à cette situation, de nombreuses municipalités ont introduit des régulations depuis le milieu des années 2010, mais l’application de ces mes varie considérablement. Un « score de rigueur » des régulations locales, développé par les géographes italiens Gianluca Bei et Filippo Celata, révèle qu’Amsterdam, avec un score de 6 sur 7, a mis en place des dispositifs stricts, tandis que des villes comme Rome et Venise n’ont obtenu aucun point.
Lisbonne a, quant à elle, introduit des restrictions en 2019 pour interdire la création de nouveaux meublés de tourisme dans certains quartiers. Cependant, ces mes n’ont pas empêché une forte concentration de logements touristiques dans le centre historique, où six logements sur dix sont en location courte durée. Cette situation est en partie due à l’encouragement de l’investissement étranger dans l’immobilier, une politique qui a été assouplie récemment.
Les chercheurs notent que l’efficacité des régulations dépend souvent des mouvements sociaux pour le droit au logement, qui ont été plus présents dans certaines villes comme Berlin et Barcelone. En revanche, à Paris, les pressions citoyennes ont été moins visibles.
Des études comparatives montrent que les villes ayant instauré des régulations constatent une diminution significative de l’offre de logements entiers en LCD, avec une baisse de près de 30 % entre 2013 et 2019. Barcelone, par exemple, a réussi à remettre 3 900 logements sur le marché de la location longue durée depuis 2016.
Cependant, la mise en œuvre de ces régulations reste un défi. La juriste espagnole Yolanda Martinez Mata signale que de nombreuses villes peinent à faire respecter la législation en raison de la difficulté à identifier les annonces illégales et des ressources humaines limitées pour le contrôle.
Le Parlement européen a récemment adopté des règles spécifiques pour le secteur des LCD, qui entreront en vigueur en 2026. Ces règles imposent l’enregistrement de chaque logement et la vérification des informations par les plateformes. En France, la loi Le Meur de 2024 a également introduit des mes pour réduire les avantages fiscaux liés à la location de meublés de tourisme et permettre aux municipalités de limiter la durée de ces locations à 90 jours par an.
Enfin, le maire de Barcelone, Jaume Collboni, a annoncé l’objectif d’éradiquer les logements touristiques d’ici 2028, une décision validée par la Cour constitutionnelle espagnole, marquant un tournant dans la gestion de l’hypertourisme en Europe.
Source : Housing Under Platform Capitalism (University of California Press, 2025).
