Déforestation et course aux minerais rares : l’épidémie d’Ebola liée à la transition énergétique
À la date du 6 juin, la République démocratique du Congo (RDC) a enregistré 550 cas confirmés d’infection par le virus Ebola et 101 décès, selon un rapport de l’Institut national de santé publique (INSP). Ce bilan inclut 27 nouveaux cas en 24 heures, avec 283 patients hospitalisés ou placés en isolement.
Depuis la première épidémie en 1976, les épidémies d’Ebola sont devenues plus meurtrières et plus étendues. La journaliste d’investigation américaine Sonia Shah, dans un article pour le Guardian, s’interroge sur les raisons de cette évolution.
Le cœur de la crise se concentre dans les zones minières de l’Ituri, notamment autour de Mongbwalu. La demande mondiale croissante d’or et de minéraux pour l’industrie technologique attire des milliers de travailleurs vers des régions forestières reculées. Shah souligne que la transformation de l’écosystème d’Ebola est en grande partie due à cette demande, plutôt qu’à la mobilité des populations.
La RDC, riche en minerais rares, est au centre d’une compétition entre la Chine et les États-Unis, entraînant une déforestation intense et la multiplication des mines, souvent clandestines. L’exploitation minière artisanale emploie environ 2 millions de personnes en RDC, dont plus de 380 000 dans l’est du pays, l’épicentre de l’épidémie actuelle.
Des rapports indiquent que la majorité des ressources minérales congolaises restent inexplorées, tandis que la demande mondiale pour des minéraux essentiels comme le tungstène, l’étain, le tantale et l’or, nécessaires à la fabrication de semi-conducteurs et de smartphones, devrait tripler dans les années à venir, ce qui pourrait aggraver les crises épidémiques.
La déforestation, provoquée par la quête de minerais, fragilise les écosystèmes. La RDC abrite la deuxième plus grande forêt tropicale du monde, et des études montrent une corrélation entre la déforestation et l’apparition d’épidémies. En 2014, une épidémie d’Ebola en Guinée a suivi une perte de 85 % du couvert forestier dans le sud-ouest du pays. Pour l’épidémie actuelle, une perte record de 607 000 hectares de forêt tropicale a été observée dans le bassin du Congo en 2024.
Chaque point de pourcentage d’augmentation de la déforestation en Afrique centrale augmente l’incidence du paludisme et du virus Ebola de 20 % à 40 %. Dans l’épicentre congolais de l’épidémie, la déforestation continue de s’intensifier, augmentant le risque de contagion entre les humains et les animaux porteurs du virus, comme les chauves-souris, dont l’habitat est détruit.
Source : Actualités.CD, Guardian, The New York Times
