Nucléaire : cet accord entre Donald Trump et l'Arabie saoudite qui inquiète déjà – L'Express

Nucléaire : cet accord entre Donald Trump et l’Arabie saoudite qui inquiète déjà

En matière nucléaire, l’Arabie saoudite demande à être traitée comme une puissance civile. Donald Trump s’apprête à lui accorder ce statut sans exiger les garanties les plus strictes prévues jusqu’ici par Washington. Selon le Wall Street Journal et le New York Times, le président américain a approuvé un accord de coopération d’une durée de trente ans. Le texte doit être signé ce mercredi 22 juillet par le secrétaire à l’Énergie, Chris Wright, et son homologue saoudien, le prince Abdulaziz ben Salmane, avant d’être transmis au Congrès.

Pour Riyad, l’objectif officiel est énergétique. Le royaume veut produire de l’électricité nucléaire afin de consacrer une plus grande part de son pétrole à l’exportation. Il espère aussi exploiter ses propres gisements d’uranium, dont l’importance reste encore à établir. Pour Washington, l’intérêt est plus immédiat : l’accord pourrait représenter plusieurs dizaines de milliards de dollars et réserver aux entreprises américaines une place de choix dans la construction des futures centrales saoudiennes. La Russie et la Chine, également intéressées, resteraient à la porte.

Robert Einhorn, ancien responsable du département d’État américain chargé de la non-prolifération, résume au Wall Street Journal les bénéfices attendus : l’accord pourrait « relancer l’industrie nucléaire américaine, renforcer les relations entre les États-Unis et l’Arabie saoudite et empêcher la Russie et la Chine d’occuper une position stratégique » dans le programme saoudien. Reste que « sans contraintes suffisantes, notamment sur l’enrichissement », le texte pourrait accroître les risques de prolifération au Moyen-Orient.

L’accord prévoit d’abord la construction de réacteurs civils américains. Jusque-là, le dossier ressemble à beaucoup d’autres partenariats nucléaires. La différence apparaît plus tard : Washington et Riyad mèneront une étude de deux ans pour déterminer s’il serait économiquement pertinent d’enrichir l’uranium directement en Arabie saoudite plutôt que d’importer le combustible nécessaire aux centrales. Si les deux pays concluent que l’opération se justifie, des entreprises américaines pourraient construire une installation d’enrichissement sur le territoire saoudien.

L’enrichissement consiste à augmenter la proportion d’un isotope de l’uranium. À faible niveau, le combustible peut alimenter une centrale. À niveau bien supérieur, il peut servir à fabriquer une arme nucléaire. Posséder des centrifugeuses ne permet pas, à lui seul, de produire une bombe : d’autres compétences et installations sont nécessaires. Cela permet néanmoins de franchir une étape essentielle. C’est justement pour cette raison que les États-Unis ont longtemps cherché à empêcher les pays du Moyen-Orient d’enrichir eux-mêmes leur uranium.

L’administration Trump affirme que la technologie resterait sous contrôle américain. L’installation fonctionnerait selon un système de « boîte noire », conçu pour empêcher le transfert de connaissances les plus sensibles aux autorités saoudiennes. Washington as aussi que l’uranium enrichi ne pourrait pas être détourné vers un programme militaire et que le combustible usé ne serait pas retiré pour produire du plutonium. Si les États-Unis refusaient finalement l’enrichissement, Riyad s’engagerait à ne pas solliciter un autre partenaire pendant dix ans.

L’idée est moins bien accueillie par les Américains, qui rappellent l’accord conclu en 2009 avec les Émirats arabes unis : Abou Dhabi avait alors accepté de renoncer à l’enrichissement de l’uranium et au retraitement du combustible usé. Cet ensemble de garanties, couramment connu sous le nom de « gold standard » de la coopération nucléaire civile, n’a pas été accepté par l’Arabie saoudite. D’après le New York Times, le nouvel accord ne prévoirait ni renoncement définitif à l’enrichissement ni l’adhésion au Protocole additionnel de l’Agence internationale de l’énergie atomique.

Deux lettres annexes confidentielles accompagnent en outre l’accord. La Maison-Blanche devrait invoquer le secret commercial et la sécurité nationale pour ne pas les rendre publiques dans leur intégralité. Plusieurs spécialistes redoutent qu’une autorisation accordée à Riyad n’encourage d’autres puissances régionales à demander les mêmes capacités. En matière nucléaire, les précédents administratifs sont rarement ignorés par les pays voisins, surtout quand le calendrier rend aussi la décision plus sensible.

L’accord prendra la forme d’un « accord 123 », du nom de la disposition de la loi américaine qui encadre les coopérations nucléaires internationales. Le Congrès pourra adopter une résolution de rejet. Pour surmonter un éventuel veto présidentiel, il faudrait toutefois réunir une majorité des deux tiers. Chris Wright as que le texte respectera « les normes les plus élevées en matière de sûreté nucléaire et de non-prolifération ».

Source : L’Express

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