Des dizaines de milliers d’euros déboursés pour une cuisine introuvable : des clients Mobalpa et SoCoo’c dénoncent des commandes fantômes
Des dizaines de clients des magasins SoCoo’c Toulouse Nord et Mobalpa Portet et Colomiers attendent toujours leur cuisine, parfois intégralement payée. Réunis mardi devant le magasin de Portet, ils dénoncent des livraisons bloquées, l’absence de réponses et des préjudices qui atteignent parfois plusieurs dizaines de milliers d’euros. Mobalpa France affirme qu’elle honorera les engagements pris.
Dans moins de deux semaines, Alice Goyon, son compagnon Clément et leurs trois enfants, âgés de un à cinq ans, emménageront dans une maison entièrement rénovée. mais sans cuisine. Le cuisiniste Mobalpa auprès duquel ils ont passé commande n’a pas tenu son engagement de livraison.
Le couple a déboursé plus de 13 000 euros à la mi-juin pour une cuisine qui devait être livrée cette semaine. « Ne parvenant plus à joindre le magasin, nous avons contacté le transporteur, qui nous a indiqué que la livraison était bloquée. Avec la perspective du déménagement, je n’en dors plus la nuit », confie Alice.
Des clients sans réponse
Comme elle, des dizaines de familles de la région toulousaine attendent toujours leur cuisine ou, pour les plus chanceuses, une partie seulement de leur commande. La plupart ont réglé l’intégralité du montant, après avoir été invitées à effectuer le paiement une dizaine de jours avant la livraison, souvent en échange d’une remise. Beaucoup expliquent avoir été rassurés par l’image de la marque et le « Made in France ».
Depuis plusieurs semaines, de nombreux clients affirment ne plus parvenir à obtenir de réponse des magasins Mobalpa et SoCoo’c, exploités par le franchisé Wladimir Dejardin (groupe ALKYMIA). Les autres magasins de l’agglomération toulousaine appartenant à d’autres franchisés fonctionnent sans problème.
Une quarantaine d’entre eux se sont réunis mardi en fin d’après-midi devant le magasin de Portet-sur-Garonne pour témoigner de leur détresse.
Face à l’absence de réponse des responsables des magasins, un collectif baptisé « Les Naufragés de Mobalpa », animé par Henry M. et Jérémy Q. (ils souhaitent conserver l’anonymat), s’est constitué jeudi soir, après la réception par plusieurs clients d’un courriel les informant que les magasins concernés perdaient leur contrat de franchise. Le lendemain, coup de théâtre : les magasins Mobalpa et SoCoo’c de Portet-sur-Garonne et Toulouse baissent leur rideau sans préavis. Le magasin Mobalpa de Colomiers avait déjà fermé définitivement quelques semaines plus tôt.
Le collectif prend de l’ampleur
En quelques jours, près de 90 personnes rejoignent le groupe WhatsApp du collectif, un nombre « qui ne cesse d’augmenter », asnt ses animateurs, lesquels consacrent désormais une grande partie de leurs journées à répondre aux nombreux témoignages reçus. Eux-mêmes figurent parmi les victimes. Si, pour Jérémy, la situation a finalement été résolue, Henry et sa compagne Karine attendent toujours une grande partie de leur électroménager. « On se débrouille avec du matériel d’occasion. Notre préjudice est estimé entre 8 000 et 12 000 euros. »
Les situations diffèrent, mais le sentiment d’abandon est le même. « Certains se sont retrouvés au milieu d’un chantier, sans électroménager ni finitions, avec des enfants ou des bébés à la maison. Pire, certains ont désinstallé l’ancienne cuisine pour rien, pensant que la nouvelle arriverait », résume Jérémy Q.
Raneem et Maxime Bigot évoquent les meubles mal installés, qui présentent selon eux des risques de sécurité. « Les meubles sont posés trop bas, il y a un risque d’incendie avec la gazinière. »
Marie-Hélène Doucet est venue soutenir sa fille Charlène, enceinte de sept mois. Cette dernière devait emménager cette semaine avec son compagnon dans un appartement dont la cuisine, achetée 9 500 euros, n’a toujours pas été livrée.
Des plaintes dans la semaine
Faute de réponse sur la date de livraison, mère et fille se sont rendues au magasin vendredi. « C’était fermé, nous sommes rentrées par la porte de service. » Après deux heures de discussion avec le directeur du magasin, Wladimir Dejardin, une nouvelle date de livraison et de pose leur est annoncée. La cuisine ne sera finalement jamais livrée. « Ma fille est anéantie. Ils se voient emménager dans une cuisine vide. C’est du vol pur et simple. »
Bernard Rouvellat, lui, estime avoir été d’autant plus trompé qu’il a signé son bon de commande et versé 5 000 euros au magasin Mobalpa de Colomiers le 17 juin, quelques jours seulement avant sa fermeture. « C’est ma fille qui m’a appelé pour me dire qu’elle avait vu un message annonçant la fermeture sur les réseaux sociaux. »
Toutes les personnes interrogées asnt qu’elles porteront plainte cette semaine.
« Tous les dossiers seront traités »
Sollicité par La Dépêche du Midi, le directeur de Mobalpa France, Laurent Raymond, as que tous les clients concernés seront contactés sous 72 heures. « Notre contrat garantit l’acompte à hauteur de 25 %. Si un client a versé 25 %, nous livrerons la cuisine et trouverons une solution pour la pose, même si celle-ci n’est pas entièrement couverte. Pour ceux qui ont versé davantage, voire la totalité de la somme, nous livrerons également la cuisine, quitte à rogner sur notre propre marge. »
À ce stade, Mobalpa France indique avoir identifié 130 dossiers liés à cette affaire.
Poseurs et fournisseurs, eux aussi victimes des impayés
Lors du rassemblement de mardi après-midi, plusieurs prestataires étaient également présents, notamment des poseurs qui se disent eux aussi victimes des pratiques de Wladimir Dejardin. Nicolas, qui travaille avec les magasins Mobalpa depuis quatre ans, affirme avoir plus de 10 000 euros de factures impayées. « On nous faisait miroiter des rentrées d’argent. »
Plusieurs prestataires ont d’ores et déjà engagé des procédures judiciaires pour tenter de recouvrer les sommes qui leur sont dues.
Source : La Dépêche du Midi.
