Carbone, inégalités et science-fiction
Le thème des inégalités s’impose de plus en plus dans les discussions environnementales. À la suite du dernier rapport du GIEC, de nombreuses études soulignent que les crises climatique et des inégalités sont « entrelacées, fusionnées et s’alimentent mutuellement », comme l’expose le récent rapport d’Oxfam, Égalité climatique, une planète pour les 99 %. En marge du dernier Forum économique mondial à Davos, l’association a également dénoncé des « niveaux d’inégalités obscènes ».
Les chiffres sont révélateurs : les pays et les populations les plus défavorisés sont les plus vulnérables au changement climatique, alors qu’ils en sont peu responsables et sont démunis pour y faire face. À l’inverse, les pays et les populations favorisés, bien que responsables d’une grande partie des émissions de gaz à effet de serre, sont les moins touchés par ses conséquences et les plus capables de mettre en œuvre des solutions, souvent en tirant profit.
La World Inequality Database, coordonnée par des économistes tels que Thomas Piketty et Gabriel Zucman, révèle que la moitié la plus pauvre de la population mondiale possède seulement 2 % de la richesse totale et ne reçoit que 8,5 % du revenu mondial. En comparaison, le dernier 10 % concentre 76 % de la richesse et 52 % des revenus. Ce déséquilibre est particulièrement alarmant : la moitié la plus pauvre est responsable de 12 % des émissions de CO2, tandis que les 10 % les plus riches en représentent 48 %, dont 17 % pour le seul 1 % supérieur.
Plus préoccupant encore, Oxfam a noté qu’au cours des quarante dernières années, alors que les pays se sont enrichis, les États se sont appauvris, avec une part de patrimoine public proche de zéro dans les pays riches. Oxfam a estimé que le monde pourrait voir émerger son premier trillionnaire d’ici une décennie.
Ces données corroborent l’idée que les inégalités ne sont pas une fatalité, mais un choix politique. Bruno Latour, dans ses travaux, évoque une sécession des élites qui, depuis les années 1980, ont compris que la mondialisation n’était pas durable. Cela a conduit à des politiques de dérégulation et de démantèlement de l’État-providence, et a favorisé l’émergence des inégalités.
Cette situation alimente des réflexions sur des projets futuristes, tels que les plans d’Elon Musk pour coloniser Mars. D’autres, comme Mark Zuckerberg, choisissent des refuges plus proches, comme des bunkers à Hawaï. Selon Bloomberg, certains entrepreneurs de la Silicon Valley voient la Nouvelle-Zélande comme un havre de paix. Dans ce contexte, une taxation mondiale des ultrariches est envisagée par certains, afin de prévenir un éventuel soulèvement des 99 %.
Références
- Oxfam, Égalité climatique, une planète pour les 99 %, novembre 2023.
- World Inequality Database.
