Sanctions européennes contre la Russie : le 21e paquet bloqué par les intérêts nationaux
Après vingt paquets de sanctions contre la Russie, l’Union européenne se trouve à un tournant. La procédure habituelle consiste à identifier les revenus russes encore accessibles, rédiger de nouvelles interdictions, puis obtenir l’accord des vingt-sept États membres. Bien que les deux premières étapes soient relativement techniques, c’est la troisième qui pose problème. Présenté en juin, le nouveau texte vise à cibler les banques russes, les réseaux de cryptomonnaies et plusieurs acteurs du commerce pétrolier, mais il est actuellement suspendu à un veto de la Grèce.
Athènes refuse de limiter le transport de gaz naturel liquéfié (GNL) russe vers des pays tiers, invoquant le coût potentiel pour son industrie maritime. La me menacerait Dynagas, une entreprise du milliardaire grec George Prokopiou, qui exploite des méthaniers brise-glace pour le site gazier russe de Yamal. Depuis l’invasion de l’Ukraine, Dynagas a transporté plus de 30 millions de tonnes de GNL, représentant une valeur estimée à plus de 24 milliards de dollars.
L’entreprise affirme également être liée par des contrats courant, pour certains, jusqu’en 2065. La Grèce soutient qu’une interdiction ne priverait pas la Russie de ses revenus, car elle transférerait les contrats à des concurrents chinois, japonais ou américains. Athènes demande ainsi que ses navires puissent continuer à transporter du GNL russe vers l’Asie après janvier 2027.
La Grèce n’est pas la seule à défendre ses intérêts économiques. D’autres pays comme l’Allemagne et le Portugal ont obtenu des modifications pour protéger leurs industries respectives. La France et l’Italie ont également demandé des allégements concernant certaines mes. Tout en cherchant à réduire les recettes russes, chaque État membre semble réticent à sacrifier ses propres intérêts économiques.
Depuis 2022, l’Union européenne a ciblé divers secteurs, notamment les banques, les technologies militaires, le charbon, le pétrole et certains hydrocarbures russes. Les secteurs les plus simples à sanctionner ont déjà été traités, laissant ceux qui rapportent encore beaucoup et qui sont difficiles à remplacer.
Pour sortir de l’impasse, plusieurs options sont à l’étude, comme accorder jusqu’à vingt-quatre mois supplémentaires avant l’application de l’interdiction, ou abandonner tout le paquet. La Commission européenne maintient sa position, consciente des implications d’une dérogation grecque.
Cette situation met en lumière une différence d’appréciation de la menace russe au sein de l’Union. Les pays baltes et nordiques, directement exposés, voient les sanctions comme essentielles pour priver la Russie de ressources nécessaires à sa guerre en Ukraine. En revanche, d’autres pays, plus éloignés de la frontière russe, hésitent à adopter des mes qui pourraient nuire à leur économie nationale.
Source : L’Express
