La Grèce sur les ruines de Missolonghi : une œuvre au cœur du récit national grec

À Missolonghi, une composition emblématique venue de France retrouve une terre qu’elle n’avait pourtant jamais connue auparavant. Accrochée en haut du grand escalier du musée archéologique Xénocrate, la toile La Grèce sur les ruines de Missolonghi d’Eugène Delacroix est accueillie comme une revenante, revenant dialoguer avec l’Histoire deux siècles plus tard.

Peinte en 1826, cette œuvre représente une femme agenouillée, allégorie de la nation, ouvrant les bras dans un geste à la fois d’abandon et d’appel. Les corps autour d’elle et la terre bouleversée illustrent la violence du siège et de l’exode de Missolonghi, événements tragiques de la guerre d’indépendance grecque contre l’Empire ottoman, qui s’est déroulée entre 1821 et 1829. Cette création de Delacroix, qui n’a jamais mis les pieds en Grèce, est nourrie de récits, de gravures et d’articles, reflétant l’élan philhellène qui traversait alors toute l’Europe. À proximité de la toile, des documents d’époque et des dispositifs pédagogiques la replacent dans un contexte où un continent entier était ému par le sort d’un peuple en lutte.

Le 14 mars dernier, le tableau a été officiellement dévoilé au musée archéologique de Missolonghi, en présence de personnalités et de journalistes, dont Nikos Aliagas. Sophie Barthélémy, directrice du Musée des beaux-arts de Bordeaux (MusBA), a souligné l’importance de cet événement, qui s’inscrit dans le cadre des commémorations nationales du bicentenaire de l’exode. Le prêt de cette œuvre, rarement effectué, a suscité une ferveur inattendue lors de son arrivée à Missolonghi, où une procession de 12 000 personnes en costumes traditionnels a eu lieu.

Aujourd’hui, l’engouement pour La Grèce ne faiblit pas. Le musée Xénocrate attire toujours de nombreux visiteurs, désireux d’admirer ce chef-d’œuvre du romantisme. Ce tableau, devenu le miroir d’un drame historique et un symbole de l’identité grecque, a été cédé par Delacroix à la ville de Bordeaux en 1852 pour la somme de 2 500 francs.

Le tableau sera exposé au musée archéologique Xénocrate de Missolonghi jusqu’au 30 novembre 2026.

Source : L’Express

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