France: interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, à quoi faut-il s'attendre?

Le Sénat examine ce mardi 21 juillet une loi visant à interdire l’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, dans le but de mieux les protéger. Seuls quelques partis de gauche ont indiqué qu’ils s’abstiendraient ou voteraient contre. Si la loi est adoptée, elle entrera en vigueur dès la rentrée.

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Si le texte est voté, les jeunes de moins de 15 ans ne pourront plus se créer de compte à partir du 1ᵉʳ septembre. Ceux qui disposent déjà d’un compte auront quatre mois pour le supprimer, jusqu’au 1ᵉʳ janvier. Le texte prévoit également d’interdire l’utilisation des téléphones portables au lycée.

Cette loi est perçue comme une avancée par certaines associations de protection de l’enfance. « Les réseaux sociaux présentent de nombreux risques pour les plus jeunes », déclare Inès Legendre, responsable du plaidoyer à E-Enfance, qui prône une navigation numérique plus sûre pour les jeunes. Des études montrent qu’un enfant de moins de 15 ans peut facilement être exposé au cyberharcèlement, au chantage sexuel et à des contacts inappropriés avec des adultes.

« Les flux algorithmiques entraînent aussi des risques néfastes », ajoute-t-elle. « Les jeunes sont exposés à des contenus pouvant affecter leur santé physique et mentale, comme les vidéos sur l’anorexie, qui peuvent exacerber leur mal-être. »

Une loi symbolique ?

Bien que l’association salue ce signal politique, elle s’interroge sur la mise en œuvre concrète de la loi. Face aux géants du numérique, la France pourrait rencontrer des limites. Selon Catherine Morin-Desailly, sénatrice rapporteure du texte, cette loi est avant tout symbolique. « Il s’agit d’un dispositif minimaliste, au sein d’une stratégie globale qui définit un âge pivot autour duquel des précautions doivent être prises », précise-t-elle.

Si la loi est adoptée, la France deviendrait un modèle dans l’Union européenne en matière de réglementation de l’âge numérique. « Cela pourrait inciter l’Union à agir rapidement sur ces questions », ajoute la sénatrice.

L’exemple de l’Australie

En décembre 2025, l’Australie a voté l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans. Huit mois plus tard, une étude auprès de 400 jeunes a révélé que leurs pratiques numériques n’avaient pas vraiment changé, avec une utilisation quotidienne des réseaux sociaux chez les 12-13 ans demeurant stable. Les jeunes contournent souvent les restrictions en utilisant des comptes d’adultes ou en créant de faux comptes.

« Il est évident que les restrictions peuvent être contournées », admet Inès Legendre. « Il est crucial de ne pas ignorer ce phénomène et de promouvoir la prévention auprès des jeunes. L’interdiction ne résoudra pas tous les problèmes, car les réseaux sociaux peuvent faciliter les contacts entre majeurs et mineurs. »

L’interdiction totale n’est pas forcément la solution

Pour la sénatrice Morin-Desailly, la loi pourrait avoir des impacts plus importants en France, où les restrictions ne seront pas aussi généralisées qu’en Australie. « Nous permettons aux jeunes d’accéder à des logiciels éducatifs et libres », souligne-t-elle.

De son côté, l’association e-Enfance estime que l’interdiction totale des réseaux sociaux avant 15 ans n’est pas nécessairement la solution. « Ces plateformes permettent aux jeunes isolés de créer des communautés et d’exprimer leur créativité. Il est essentiel de renforcer la protection des mineurs et de développer un modèle de navigation adapté à chaque âge », conclut Inès Legendre.

Si vous êtes victime ou témoin de cyberharcèlement envers des mineurs, le numéro 3018 est disponible pour répondre à vos questions.

Source : RFI

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