Après les incendies, ces paysans transmettent leur culture du feu et de l’entraide

Après les incendies, ces paysans transmettent leur culture du feu et de l’entraide

Mailhac (Aude), reportage

Le 1er juillet, un important incendie s’est déclaré dans le village d’Oupia, parcourant près de 1 000 hectares en moins de trois jours, attisé par des rafales de vent. À Mailhac, Johann, un agriculteur dont l’oliveraie a été ravagée, évoque les efforts de réhabilitation. « Nous avons déjà réalisé plusieurs chantiers d’arrosage. La prochaine étape sera de tronçonner les arbres à la base du tronc pour qu’ils puissent repartir », déclare-t-il.

Johann fait partie de l’association Corbières solidaires grands feux, créée après un incendie majeur en 2025. Cette structure aide les sinistrés à travers des chantiers de reconstruction, un soutien psychologique et une cantine solidaire. « En créant cette association, je ne pensais pas être l’un des premiers que l’on allait aider », reconnaît-il, sur sa parcelle où 35 oliviers ont brûlé.

La perte économique est significative. Johann estime une perte de 3 000 à 5 000 euros par an en raison des incendies, mais il se dit chanceux d’avoir d’autres activités, comme le maraîchage. Une partie de ses terres avait déjà été touchée par un feu en 2016.

Épauler d’autres collectifs d’habitants

Pour partager leur expérience, Johann et d’autres paysans se sont réunis à Olonzac pour accueillir des habitants d’Ille-sur-Têt, également touchés par des incendies récents. « Ce qui nous a beaucoup aidés après le feu des Corbières, c’est d’avoir une base arrière », se souvient Laurelle, coprésidente de l’association. Des actions de solidarité, comme la réfection de clôtures et la collecte de matériel, ont été mises en place rapidement.

« Nous avons même constitué un grenier de lutte avec des conserves, en prévision de la prochaine crise », ajoute-t-elle. Selon Claire et Benoît, venus d’Ille-sur-Têt, la solidarité s’est rapidement organisée, mais il n’existe pas encore d’association dédiée exclusivement à cette cause dans leur vallée.

Penser l’avenir de ces territoires

Au-delà de l’urgence, la réflexion se concentre sur l’avenir des territoires touchés par les flammes. Johann souligne l’importance de ne pas extraire tous les arbres brûlés, car ils peuvent contribuer à la régénération des sols. « On ne peut plus avoir d’énormes massifs continus de combustibles, sinon les feux vont continuer à détruire nos territoires », avertit-il.

Johann a également réalisé un document en libre accès pour aider les producteurs d’olives à régénérer leurs cultures après les incendies. « Quand j’ai vu les fumées, j’ai eu le réflexe de prendre mes semis et mes papiers, puis je suis parti », se souvient-il, faisant écho à l’expérience de nombreux agriculteurs face à ces événements climatiques extrêmes.

Des liens se tissent entre différents collectifs à Marseille, Die, dans le Minervois, les Pyrénées-Orientales et les Corbières pour partager cette culture du feu et réfléchir à l’habitat de ces territoires désormais fortement exposés.

Source : Reporterre

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