Pouvoirs en Asie-Pacifique : territoires et populations, contrôles et résistances

Pouvoirs en Asie-Pacifique : territoires et populations, contrôles et résistances

En Asie-Pacifique, les dynamiques démographiques révèlent des logiques de pouvoir complexes. La Chine, pour la quatrième année consécutive, connaît une diminution de sa population, avec un nombre de naissances inférieur à celui des décès. Les mes natalistes mises en place depuis 2021 n’ont pas inversé cette tendance, entraînant une pression accrue sur les femmes pour soutenir une démographie que le Parti communiste peine à réguler. Cela remet en question le contrat social de la prospérité économique contre le monopole politique.

L’Inde, désormais pays le plus peuplé du monde, termine sa transition démographique plus tôt que prévu, avec un taux de fécondité en dessous du seuil de remplacement dans 23 des 28 États. Ce changement soulève des inquiétudes quant à la viabilité de la croissance économique, alors que le système de santé est déjà mis à mal par le vieillissement de la population.

Dans le Sud-Est asiatique, la démographie est également un outil stratégique pour l’aménagement du territoire. Les tensions frontalières, comme le conflit armé de 2025 entre le Cambodge et la Thaïlande, illustrent comment les États exercent des pressions sur les minorités ethniques, telles que les Rohingyas au Myanmar et les populations autochtones en Thaïlande et au Viêtnam.

Les régimes autoritaires de la région déploient des technologies avancées pour contrôler les populations. En Chine, des stratégies de surveillance et de transformation sociale sont appliquées dans des régions comme le Tibet et le Xinjiang, tandis qu’en Inde, un redécoupage électoral prévu pour 2029 pourrait renforcer le pouvoir du Bharatiya Janata Party au détriment des États du Sud.

Singapour, pour sa part, mise sur une gouvernance numérique intégrée, mais cela soulève des questions sur le déficit démocratique et l’érosion des droits civiques. En Corée du Nord, l’architecture urbaine sert de cadre à un contrôle social rigoureux.

Face à ces dynamiques, la génération Z émerge comme un acteur de contestation. Des mouvements organisés, comme le « Aragalaya » au Sri Lanka, montrent une mobilisation régionale croissante, soutenue par les réseaux sociaux. Au Népal, ces outils numériques ont permis de redéfinir les structures de pouvoir, tandis qu’à Madagascar, une jeunesse engagée remet en question les limites des États.

Les dérèglements climatiques et l’épuisement des modèles de développement extractiviste exacerbent les tensions. Les communautés indonésiennes contestent les impacts de l’extractivisme, même si ces efforts sont souvent confrontés à des réponses étatiques de plus en plus répressives.

Ainsi, une nouvelle relation entre citoyens et pouvoirs politiques pourrait émerger en Asie-Pacifique, où l’idée de gouverner serait de partager la charge avec les populations locales. Le président de la Polynésie française, Moetai Brotherson, a souligné que « le Pacifique n’est pas un théâtre mais un sujet politique », affirmant une exigence de souveraineté écologique.

Source : Isabelle Attané, Olivier Da Lage, Christine Cabasset, Emmanuel Lincot, Guillaume Delacroix, Éric Frécon, Marianne Peron-Doise, Cynthia Petrigh, Pramod Jaiswal, Jérôme Vellayoudom, Coline Laroche.

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