L’IA manque de philosophie : une nécessité d’intervention en amont
Les entreprises auditent l’intelligence artificielle (IA) après avoir fixé ses objectifs, mais une voix s’élève pour affirmer que la philosophie doit intervenir en amont, avant qu’une conception du travail ou de la performance ne devienne un système établi. Ce constat a été formulé dans un texte pontifical de 2026, où Léon XIV souligne que « chaque choix de conception exprime une vision de l’humanité ». Ce principe est particulièrement pertinent pour les organisations qui utilisent des IA pour des tâches telles que le classement de candidatures ou l’évaluation de risques.
Les décisions prises par les IA sont souvent basées sur des conceptions sous-jacentes du travail, du mérite et de la performance. Lorsque ces conceptions sont traduites en données et en indicateurs, elles deviennent des infrastructures rigides, plus faciles à appliquer qu’à discuter. Ainsi, la gouvernance de l’IA est souvent tardive, se concentrant sur les effets du système après que sa mission a été acceptée comme évidente.
Ce que l’entreprise automatise réellement
Une entreprise ne confie pas seulement un problème à une IA ; elle lui confie également une manière de le définir. Selon John Dewey, un problème prend forme au cours de l’enquête qui en détermine la direction. Par exemple, si une entreprise souhaite améliorer son service client, elle peut choisir de réduire la durée des échanges, mais cela pourrait aussi signifier l’abandon d’un client ou l’évitement d’un dossier complexe. Chaque définition de problème oriente l’action différemment.
De même, dans le domaine du recrutement, définir le talent implique des choix complexes : faut-il privilégier l’adéquation immédiate au poste ou le potentiel d’apprentissage ? Les réponses à ces questions engendrent des données et des classements variés, rendant la définition du talent opérationnelle.
Instituer une due diligence philosophique
Pour éviter les dérives, il est proposé que chaque projet d’IA fasse l’objet d’une « due diligence philosophique » avant sa validation. Cela impliquerait d’examiner la formulation du problème, le concept central à mer, les tensions potentielles entre différents objectifs, et la possibilité de contestation des décisions prises.
Cette démarche ne ralentit pas la stratégie ; au contraire, elle permet d’éviter des investissements technologiques basés sur des intuitions fragiles. En clarifiant les concepts et en rendant visibles les tensions, la philosophie aide à mieux définir les priorités et les valeurs.
Former à une quatrième compétence
La philosophie doit être intégrée comme une compétence pratique dans la formation des dirigeants et les processus d’investissement. À me que les modèles d’IA deviennent accessibles, l’avantage se déplace vers la qualité des missions qui leur sont confiées. Former à l’IA nécessite donc quatre compétences complémentaires : technique, management, éthique et philosophie.
L’IA manque de philosophie lorsque ses objectifs semblent aller de soi. Sa maîtrise débute lorsque les organisations acceptent de remettre en question ces objectifs.
Source : Article inspiré par des réflexions sur la philosophie et l’intelligence artificielle.
