La croûte glacée d’Europe serait épaisse de 20 kilomètres
Avec un océan d’eau liquide caché sous sa surface glacée, Europe, l’une des lunes de Jupiter, suscite un intérêt croissant dans le domaine de l’astronomie. À partir de 2027, ce satellite sera exploré par la sonde américaine Europa Clipper. L’intérêt pour cette lune provient de la possibilité qu’elle abrite des formes de vie, grâce à son océan sous-surface et à la présence de molécules organiques. Pour évaluer les chances d’émergence de la vie, il est essentiel de connaître la composition de cet océan, ainsi que l’épaisseur de la croûte de glace qui le recouvre. Des simulations récentes menées par Shigeru Wakita de l’université Purdue (États-Unis) et ses collègues révèlent que cette croûte pourrait avoir une épaisseur d’au moins 20 kilomètres, dépassant ainsi les estimations précédentes.
Les étendues glacées d’Europe masquent une activité géologique intense, notamment des signes de tectonique des plaques. Ce phénomène fait d’Europe le seul autre corps du Système solaire, en plus de la Terre, à présenter une telle activité. Les mouvements de l’océan sous-surface, alimentés par la chaleur du noyau métallique et du manteau rocheux, provoquent la remontée de l’eau qui gèle ensuite à la surface. Ce processus entraîne un renouvellement régulier de la glace, qui aurait entre 20 et 200 millions d’années, ce qui est relativement jeune comparé à l’âge de 4,5 milliards d’années du Système solaire.
Les recherches antérieures sur l’épaisseur de la croûte s’étaient principalement basées sur deux caractéristiques topographiques : les lineae, qui ressemblent aux dorsales océaniques terrestres, et les chaos, des zones où la glace a été brisée et a regelé. Ces études suggéraient une épaisseur de 10 à 15 kilomètres, mais ces mes peuvent ne pas être représentatives de l’ensemble de la croûte. Shigeru Wakita a donc étudié des cratères d’impact pour obtenir des données plus fiables sur l’épaisseur de la croûte.
L’analyse des cratères a révélé qu’ils étaient peu altérés en raison de la jeunesse de la surface. En se concentrant sur deux grands cratères (Tyre et Callanish), Wakita a réalisé des simulations numériques pour déterminer l’épaisseur de la croûte. Les résultats montrent que la meilleure correspondance pour reproduire les structures des cratères observées par la sonde Galileo en 1998 se fait avec une croûte d’au moins 20 kilomètres d’épaisseur. Cependant, cette étude ne fournit pas d’informations sur l’épaisseur maximale.
Concernant les autres lunes glacées de Jupiter, Callisto et Ganymède, il est estimé que leur croûte pourrait mer entre 80 et 100 kilomètres. Toutefois, il est possible qu’elles soient également plus épaisses que prévu.
La connaissance de l’épaisseur de la croûte est cruciale pour les projets futurs de la NASA, qui envisage d’envoyer des robots pour forer ces lunes. Selon Wakita, forer 20 kilomètres de glace sur un autre corps céleste représente un défi considérable, mais cela pourrait être essentiel pour découvrir ce qui se cache en dessous.
Source : Pour la Science
