« Je l’ai trouvé par terre à côté des serres » : les canicules laissent les paysans KO

Les canicules laissent les agriculteurs épuisés dans les Deux-Sèvres

Saint-Pardoux-Soutiers (Deux-Sèvres), reportage — Fin juin, la vigilance rouge est déclarée dans les Deux-Sèvres, avec des températures atteignant 40 °C à l’ombre. Les agriculteurs, déjà éprouvés par des vagues de chaleur répétées, témoignent des effets dévastateurs sur leur santé physique et mentale.

Alexis, maraîcher à la ferme de l’Âne arrosé, raconte un incident tragique : « Mon collègue Valentin voulait partir en congés, mais je l’ai trouvé par terre, à côté des serres. Il avait ressenti un malaise et s’était allongé pour s’asperger d’eau. » Malgré sa rétablissement, Alexis se sent frustré par le manque d’attention portée aux risques humains, tandis que les médias et les politiques se concentrent sur les pertes économiques.

Les témoignages d’autres agriculteurs révèlent une accumulation de fatigue et de malaises. Un sondage interne à la Confédération paysanne indique que les membres rapportent des cas de « fatigue extrême » et des préoccupations concernant leur santé mentale, certains évoquant un « burn-out climatique ».

À seulement dix minutes de tracteur de Parthenay, la ferme de l’Âne arrosé, initialement perçue comme un refuge, devient un four en plein été. Les espaces de travail et de repos, y compris les serres, atteignent des températures dépassant les 50 °C. Amandine, éleveuse bovine, souligne : « Nous sommes dans la chaleur tout le temps, il n’y a pas de répit. »

Pour prévenir les accidents, les agriculteurs adaptent leurs horaires de travail. Rémi, un maraîcher, impose des limites strictes à son personnel, interdisant les travaux sous les serres après 11 heures. Les travaux sont souvent reportés à la nuit, rendant la gestion familiale difficile.

Les conséquences de cette chaleur extrême touchent également les cultures. Rémi rapporte avoir perdu 2 500 choux après une sieste de deux heures, illustrant l’absence de répit que se permettent les agriculteurs. Amandine doit désormais fournir du foin à ses vaches, habituées à l’herbe, tandis qu’Alexis doit relancer l’arrosage toutes les deux heures pour éviter des pertes.

Cette situation soulève des inquiétudes non seulement économiques, mais aussi écologiques. Les agriculteurs constatent des effets dévastateurs sur la nature environnante, avec des animaux trouvés morts et des écosystèmes en détresse.

La Mutualité sociale agricole (MSA) a mis en place un numéro vert pour aider en cas de souffrance psychologique, mais les agriculteurs rapportent que les lignes sont souvent inaccessibles. Martial, un autre paysan, exprime son désespoir face à la situation : « Le quotidien du maraîcher en été, c’est être fatigué. Mais là, c’est insupportable. »

Contactés, la MSA et le ministère de l’Agriculture n’ont pas donné suite à nos demandes d’information.

Source : Reporterre

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