Au Cameroun, la coexistence de deux projets de raffineries pétrolières pose question
Au Cameroun, la coexistence de deux projets de raffineries de pétrole interroge les observateurs. Sept ans après l’incendie de la Sonara, le ministère des Finances défend un projet de reconstruction d’une raffinerie à Limbe, dans la région anglophone du Sud-Ouest. Parallèlement, la Société nationale des hydrocarbures (SNH) porte le projet CStar, un complexe pétrolier avec dépôt et raffinerie dans la ville balnéaire de Kribi, sur le littoral.
La question se pose : deux raffineries pour un seul pays sont-elles viables, alors que la production de pétrole au Cameroun diminue depuis dix ans ? De plus, le voisin nigérian, avec la raffinerie de Lekki inaugurée en 2023 par le géant Dangote, bat tous les records. Les deux projets visent à raffiner localement le pétrole camerounais pour réduire les prix à la pompe et les importations de carburant.
Robert Mouthe Ambassa, consultant et membre du comité central du parti au pouvoir, illustre le dilemme : « Vous ne pouvez pas avoir deux véhicules dans votre parking sans carburant, car les deux véhicules ne vont pas circuler. » Cela soulève la question de la disponibilité du pétrole à raffiner dans quelques années si la production nationale continue de décliner. Il ajoute que cela impliquerait de se ravitailler sur le marché international, ce qui risquerait de maintenir les prix élevés, contredisant ainsi l’objectif initial.
L’expert Charles Menye, président du Comité citoyen de vigilance financière Cemac (CFVC), exprime des préoccupations similaires. Il demande des preuves que tous les scénarios et risques ont été envisagés pour ces projets. « Est-ce que ces raffineries vont pouvoir survivre à la présence d’un acteur comme Dangote ? Est-ce qu’il y a une stratégie nationale coordonnée ? », s’interroge-t-il. Menye souligne également que si les raffineries produisent à des coûts supérieurs à ceux de Dangote, elles pourraient devenir un fardeau économique pour le pays.
Ces deux projets représentent un investissement cumulé de 1 300 milliards de francs CFA (environ 1,98 milliard d’euros), une somme qui devra être empruntée et remboursée, ce qui soulève des inquiétudes quant à leur viabilité à long terme.
Source : RFI
