Iatrogénie en psychiatrie : un risque méconnu à prévenir

Iatrogénie en psychiatrie : un risque méconnu à prévenir

Une étude de Santé publique France met en lumière que les effets indésirables graves en psychiatrie sont principalement liés à la « iatrogénie » médicamenteuse, un enjeu majeur, notamment chez les personnes âgées, qui appelle à renforcer la prévention.

Hospitaliser pour soigner tout en évitant que les soins ne provoquent de nouvelles complications constitue le défi de la lutte contre la iatrogénie médicamenteuse, encore largement méconnue du grand public. Selon une étude rétrospective de Santé publique France, portant sur 2 255 hospitalisations à temps plein dans un établissement psychiatrique entre 2022 et 2023, 144 événements indésirables graves ont été recensés. Les deux principales causes identifiées sont la iatrogénie médicamenteuse et les infections. Parmi ces événements, 137 étaient des transferts aux urgences (95 %) et 7 des décès inattendus (5 %), soit un taux de mortalité inattendue de 3 pour 1 000 admissions. De plus, près de 20 % de ces événements surviennent dans les 48 premières heures suivant l’admission, une période jugée particulièrement critique. Un tiers des cas correspond à des troubles de vigilance liés à des infections respiratoires basses et un autre tiers à des troubles de vigilance isolés, tous attribuables à l’utilisation de benzodiazépines.

La iatrogénie, qui signifie littéralement « provoqué par le médecin », désigne les conséquences indésirables provoquées par un acte de soin, souvent un médicament. En psychiatrie, elle peut être associée aux psychotropes (antipsychotiques, antidépresseurs, anxiolytiques, thymorégulateurs) dont les effets secondaires peuvent entraîner des chutes, des troubles cardiaques, une confusion ou encore des interactions médicamenteuses. Les personnes âgées sont particulièrement vulnérables, avec une moyenne d’âge de 58 ans dans l’étude, et un sex-ratio hommes/femmes de 1,3. L’organisme des personnes âgées élimine moins efficacement les médicaments, et la polymédication augmente le risque d’effets indésirables. Selon l’Assurance maladie, la iatrogénie médicamenteuse est l’une des principales causes d’hospitalisation évitable chez les seniors.

L’étude révèle également que les personnes souffrant de troubles psychiatriques présentent une mortalité plus élevée que la population générale. Bien que le suicide soit une cause majeure, d’autres facteurs, tels que des maladies cardiovasculaires, les effets indésirables des psychotropes et un accès difficile aux soins somatiques, contribuent à ce constat. Cela renforce l’appel des sociétés savantes à mieux intégrer la santé physique des patients en psychiatrie.

Les résultats de cette étude soulignent l’importance d’une prise en charge sécurisée. Les chercheurs recommandent de renforcer la surveillance dès l’admission, période où un événement indésirable grave sur cinq se produit. Ils plaident également pour une « sobriété médicamenteuse », en réévaluant régulièrement les prescriptions afin d’éviter les traitements inutiles. Cette approche de « déprescription », encouragée par la Haute Autorité de Santé, vise à adapter les traitements au plus juste.

Ce constat intervient dans un contexte de forte tension pour la psychiatrie française, marquée par un manque chronique de psychiatres, d’infirmiers spécialisés et de lits d’hospitalisation. Plusieurs rapports parlementaires et de la Cour des comptes alertent sur les conséquences de cette pénurie de moyens, qui complique le suivi des patients et la réévaluation régulière des traitements, essentiels pour limiter le risque de iatrogénie.

Source : Santé publique France

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