Au Kirghizistan, l’eau érode la pierre de l’autoritarisme naissant

Au Kirghizistan, l’eau érode la pierre de l’autoritarisme naissant

Autrefois considéré comme un « îlot de démocratie » en Asie centrale, le Kirghizistan a perdu du terrain ces dernières années. Mais un nouveau phénomène se dessine : les enjeux liés à l’eau renforcent les communautés locales et la coopération transfrontalière. Dans ce contexte, le soutien de la Suisse joue un rôle important.

La Maison-Blanche de Bichkek, la capitale kirghize, a longtemps été un symbole de pouvoir redouté et disputé. Inauguré dans les années 1980 comme siège du Parti communiste, ce bâtiment a été le théâtre de luttes de pouvoir et de révolutions après l’indépendance. Aujourd’hui, il abrite le Parlement national. Kanatbek, un jeune homme de 28 ans, se souvient des barricades et des policiers en tenue antiémeute qui entouraient le bâtiment lors de son enfance.

Le calme est revenu autour de la Maison-Blanche. Le président Sadyr Japarov, au pouvoir depuis six ans, a centralisé le pouvoir, restreint la liberté des médias et renforcé la répression contre la société civile. Le pays, qui compte plus de 7,5 millions d’habitants, a chuté dans les classements internationaux évaluant l’état de la démocratie.

« Seule un peu plus d’une centaine des quelque dix mille ONG d’autrefois ont survécu », déclare Joldoch Osmonov, directeur de la société de conseil GFA à Bichkek. La GFA accompagne dix de ces ONG avec le soutien officiel de la Suisse, qui prévoit plus de cinq millions de francs pour les quatre prochaines années.

L’eau, considérée comme le « château d’eau de l’Asie centrale », est au cœur des préoccupations. Le Kirghizistan, avec ses montagnes et glaciers, a vu ses ressources en eau exploitées sans ménagement à l’époque soviétique. Les divergences dans la gestion de ces ressources ont provoqué des tensions entre les États de la région depuis 1991.

Melchior Lengsfeld, directeur d’Helvetas, souligne que des solutions durables nécessitent une responsabilité locale et une coopération transfrontalière. Les « communautés de l’eau » soutenues par Helvetas regroupent des communes, des comités privés et des organisations d’usagers, favorisant le dialogue plutôt que la confrontation.

Des projets autour du lac Ysyk-Köl, le deuxième plus grand lac de montagne au monde, illustrent cette dynamique. La ville de Karakol, grâce à des financements suisses et européens, modernise son réseau d’approvisionnement en eau. Des assemblées citoyennes locales ont été mises en place pour fixer les tarifs d’utilisation, et tous les ménages sont en cours d’équipement de compteurs d’eau à lecture numérique.

Dans le village de Korumdu, la coopération autour de l’eau a permis de renforcer la communauté, et les cas d’hépatite A, autrefois fréquents, ont pratiquement disparu. Les services des eaux kirghizes ont formé une association nationale pour contrer les velléités de centralisation du gouvernement.

La question de l’eau ne renforce pas seulement la démocratie locale, mais favorise aussi une nouvelle volonté de coopération entre les dirigeants d’Asie centrale, dont les pratiques autoritaires se heurtent aux limites imposées par la gestion de cette ressource précieuse.

Source : Swissinfo

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