La modernisation simultanée des deux composantes de la dissuasion française — SNLE 3G, M51-3, missiles ASN 4G et PANG — représente plus de 50 milliards d’euros sur les 436 milliards de la LPM 2024-2030.
L’histoire des programmations militaires depuis les années 1970 montre un effet d’éviction structurel : le coût de la dissuasion pèse systématiquement sur les forces conventionnelles, contraignant à de coûteux rattrapages.
Or, sans épaulement conventionnel crédible, la dissuasion nucléaire risque de devenir une nouvelle ligne Maginot : nécessaire, mais contournable, alors que l’Armée de Terre, faute de grand programme structurant, reste la plus exposée aux arbitrages budgétaires.
La France engage une modernisation significative de son arsenal nucléaire, avec des investissements dépassant 50 milliards d’euros pour la période 2024-2030, intégrés dans les 436 milliards d’euros de la Loi de programmation militaire (LPM). Cette mise à jour comprend le développement des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de troisième génération (SNLE 3G), la modernisation des missiles M51-3, ainsi que la création de missiles air-sol nucléaires de quatrième génération (ASN 4G). De plus, la construction du futur porte-avions de nouvelle génération (PANG) est estimée à plus de 12 milliards d’euros.
Depuis les années 1970, les programmations militaires montrent un effet d’éviction structurel, où les coûts liés à la dissuasion nucléaire contraignent les forces conventionnelles à des rattrapages budgétaires coûteux. L’absence de programmes structurants pour l’Armée de Terre la rend particulièrement vulnérable aux arbitrages financiers, ce qui pourrait compromettre son efficacité opérationnelle.
Ce constat met en lumière la nécessité d’un équilibre entre les forces nucléaires et conventionnelles. La dissuasion nucléaire, bien qu’essentielle, ne doit pas se substituer à une capacité conventionnelle robuste, sans quoi elle pourrait devenir une « ligne Maginot », c’est-à-dire un dispositif nécessaire mais contournable.
Pour garantir une dissuasion crédible, il est impératif de maintenir un épaulement stratégique entre les forces nucléaires et conventionnelles. Cela nécessite des investissements continus dans les capacités conventionnelles, notamment en matière de modernisation des équipements, de munitions et de nouvelles technologies.
La France, pour conserver son rôle de leader en matière de défense européenne, doit s’asr qu’elle ne sacrifie pas ses capacités conventionnelles au profit d’une dissuasion nucléaire perçue comme suffisante par ses partenaires.
Un article à retrouver dans le N°64. Chine : un défi pour l’Europe
