Un acharnement : le combat de Loïc, le « poète maraîcher » face à l’État
Nancy (Meurthe-et-Moselle), reportage — Loïc Schneider, 30 ans, se consacre à la culture de tomates à Nancy, avec l’objectif de créer des jardins pirates accessibles à tous. Cet engagement militant l’a conduit à plusieurs reprises devant les tribunaux. Actuellement, il fait face à une demande de l’État français, qui lui réclame près de 53 000 euros de dommages et intérêts liés à des événements survenus lors de la manifestation contre les mégabassines à Sainte-Soline, le 23 mars 2023.
Ce jour-là, Loïc était identifiable par sa tenue de moine franciscain. Il a été photographié brandissant le gilet d’un gendarme et taguant la mention « Mud Wizard » sur un véhicule de gendarmerie en feu. Selon lui, cet acte visait à symboliser l’échec de la répression.
Trois mois plus tard, une brigade antiterroriste l’arrête et le déférent au parquet de Niort. Il est placé en détention provisoire pendant trois semaines avant d’être condamné en juillet 2023 à un an de prison ferme pour recel, dégradation légère et participation à un groupement en vue de commettre des violences.
Sa condamnation a été confirmée en appel, mais la peine a été réduite à 1 000 euros d’amende pour le tag et six mois d’emprisonnement sous bracelet électronique pour les autres infractions. Son avocat, Me Christophe Sgro, conteste la caractérisation des infractions, affirmant que Loïc n’a pas incendié le véhicule ni voulu s’approprier la veste de gendarme.
Loïc exprime son dégoût face à la demande de l’État, la qualifiant d’« acharnement ». En parallèle, il conteste également la participation à un groupement, arguant qu’il s’agissait simplement d’une réunion d’information sur les droits des manifestants.
Le 12 mai, Loïc a reçu une demande de l’agent judiciaire de l’État pour environ 53 000 euros, couvrant les réparations de véhicules et autres frais. Son avocat dénonce cette somme comme étant grotesque et un exemple de répression continue.
Au niveau pénal, Loïc est considéré comme ayant contribué aux dégradations, bien que ses actions spécifiques ne soient pas clairement établies. Les avocats de Loïc soulignent que sa liberté d’expression est entravée et qu’il se tourne vers la Cour européenne des droits de l’Homme pour contester sa condamnation.
Loïc refuse toute offre de règlement amiable, insistant sur la nécessité de débattre de ces questions devant la CEDH, dans l’espoir que cela serve de jurisprudence pour les futurs manifestants.
Source : Reporterre
