« Face à la crise du système international, il faut une réforme ambitieuse et réaliste des Nations unies »

Face à la crise du système international, il faut une réforme ambitieuse et réaliste des Nations unies

Le système international actuel traverse une crise de légitimité et d’efficacité sans précédent, marquée par une incapacité chronique à relever les défis contemporains. La charte des Nations unies de 1945, bien qu’ayant constitué une innovation majeure à son origine, est aujourd’hui considérée comme inadaptée à un monde où l’énergie nucléaire, les technologies numériques et le changement climatique n’existaient pas.

Si l’ONU a joué un rôle clé en canalisant la guerre froide et en facilitant la décolonisation, elle se heurte aujourd’hui à l’impunité des superpuissances et à une architecture de sécurité paralysée par des intérêts nationaux étroits. En réponse à cette situation, le secrétaire général Antonio Guterres a publié le plan d’action « ONU 80 » en novembre 2025. Ce plan a toutefois été critiqué pour sa portée limitée, se concentrant sur des adaptations administratives plutôt que sur des réformes politiques et structurelles profondes nécessaires à l’évolution des relations internationales.

Le statu quo n’est plus viable, car les mécanismes de maintien de la paix actuels sont entachés de sélectivité et de pressions géopolitiques. Il est donc impératif de passer d’une gouvernance purement interétatique à une gouvernance mondiale intégrée, capable de faire face aux menaces globales.

Établir un nouvel ordre juridique

Le fondement juridique de cette transformation réside dans l’article 109 de la charte des Nations unies, qui prévoit la convocation d’une « Conférence générale » pour réviser le texte fondateur. Cette conférence ne peut être bloquée par le veto d’un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, permettant ainsi une voie vers la modernisation de l’organisation.

Créer une Assemblée des peuples

Le projet propose la création d’une ONU fondée sur une « Seconde Charte », permettant aux États désireux d’instaurer un nouvel ordre juridique. Une innovation majeure serait la création d’une Assemblée Parlementaire, ou « Assemblée des peuples », qui asrait une représentation directe aux citoyens du monde, dépassant ainsi les logiques strictement nationales.

Réformer le Conseil de sécurité

La réforme du Conseil de sécurité, qui passerait de quinze à vingt-cinq membres, est centrale à cette Seconde Charte. Cette réforme inclurait une nouvelle catégorie de membres « à long terme » et une rotation plus équitable des membres non permanents. En cas de blocage d’un membre permanent, l’Assemblée générale et la nouvelle Assemblée des peuples pourraient décider qu’une résolution entre en vigueur, redonnant à la communauté internationale la capacité d’agir face aux crises.

Création du Conseil du Système Terre

La création du Conseil du Système Terre viserait à élever la protection de l’environnement au rang de pilier fondamental de la gouvernance mondiale. Ce nouvel organe, composé de 54 membres élus, coordonnerait les politiques environnementales mondiales et harmoniserait le droit international en matière d’environnement.

Une réforme drastique du financement

Le projet appelle également à une réforme radicale du financement de l’ONU, qui dépend actuellement de contributions volontaires. La proposition inclut une contribution obligatoire de chaque État membre, calculée à partir de son revenu national brut, pour garantir l’autonomie financière de l’organisation.

Réorienter les dépenses

Enfin, la Seconde Charte prévoierait des protocoles pour concrétiser les promesses non tenues des articles 26 et 43 de la Charte de 1945. En attendant, une Force de paix, recrutée directement par l’ONU, pourrait garantir une réponse rapide pour protéger les civils.

Ces propositions de réforme, bien qu’ambitieuses, s’appuient sur des possibilités juridiques et institutionnelles existantes, visant à susciter un large débat international sur l’adaptation de la gouvernance mondiale aux réalités du XXIe siècle.

Source : La Croix

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