Campus de légende: en Afrique du Sud, se réapproprier sa langue maternelle pour décoloniser le savoir [3/6] - Reportage Afrique

Campus de légende : en Afrique du Sud, se réapproprier sa langue maternelle pour décoloniser le savoir

De notre envoyé spécial à Johannesburg

À l’université de Witwatersrand, à Johannesburg, le professeur Nnamdi Elleh, à la tête de l’école d’architecture, pousse ses étudiants à réfléchir dans leurs langues africaines. Cette initiative fait partie d’un mouvement plus large visant à décoloniser les savoirs sur le continent.

L’université, fondée en 1896 et devenue Wits en 1992, est reconnue pour son engagement libéral et son activisme, notamment contre l’apartheid. Elle joue aujourd’hui un rôle central dans la réappropriation des langues maternelles comme outil de connaissance.

Le professeur Elleh évoque un projet récent qui juxtapose des figures emblématiques, telles que Léonard de Vinci et des figures namibiennes, soulignant l’importance de la représentation des savoirs africains dans l’éducation. Selon lui, la décolonisation passe par la pensée dans sa langue maternelle : « On ne peut pas parler de décolonisation si le soi, ou la façon de penser, restent étrangers. »

Pour soutenir cette démarche, la plateforme Wits Innovations Vernaculaires (Wits-VITS) a été créée, visant à développer un lexique de notions complexes en langues locales. Un exemple marquant est celui d’un étudiant qui a redéfini le mot « paysage » dans sa culture zouloue, englobant des éléments tels que le ciel et les vivants.

Cette initiative prend tout son sens dans un contexte où l’enseignement dans la plupart des universités africaines se fait encore en anglais et en français. Le professeur Elleh souligne que les mots sont des instruments de pouvoir, affirmant que « la plus grande arme, c’est d’abord le mot ».

Les résultats de cette approche se font déjà sentir. Marie-Justine Mutabazi, étudiante en cinquième année, témoigne que cette méthode les a aidés à se recentrer sur les connaissances africaines, transformant leur manière de concevoir l’architecture.

À Wits, les langues vernaculaires, souvent considérées comme obsolètes, deviennent des outils modernes d’innovation et de savoir.

Source : RFI

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