Au Burkina Faso, l’écriture Romba permet enfin de lire les langues “à tons”
Dans une salle de la Cité An 2, à Ouagadougou, Lassané Romba dispense un cours à ses apprenants. Armé d’un marqueur et vêtu d’une tenue en Faso Dan Fani, il présente les signes de son écriture, fruit d’une réflexion entamée en 2009. Malgré plusieurs interruptions, Romba a persévéré pour finaliser ce projet, qu’il souhaite aujourd’hui partager avec les Burkinabè et au-delà.
L’écriture Romba s’inspire de “la nature et des objets réels vus au quotidien”. Elle n’est pas réservée à la langue mooré, parlée par près de 8 millions de personnes au Burkina Faso, au Togo et au Mali en 2019. Conçue pour les langues à tons, elle permet de rendre compte des variations de sens selon la prononciation.
Retranscrire les cérémonies traditionnelles
L’écriture Romba diffère de l’alphabet latin, n’incluant pas de voyelles écrites de manière autonome. Le système repose sur des consonnes accompagnées de signes diacritiques, qui indiquent le son complet et le ton. Romba illustre son principe avec le mot “Burkina”, qui en alphabet latin se compose des lettres B-U-R-K-I-N-A. Avec Romba, chaque consonne reçoit un signe qui complète le son.
Ce système est perçu comme plus rapide et mieux adapté aux langues à tons. Soré Nebnoma, une élève, souligne la cohérence de cette écriture, qu’elle décrit comme ayant une “logique mathématique”.
Selon Songkolg Naaba Kaoongo, chef coutumier, l’écriture Romba répond à un besoin culturel. Il estime qu’elle arrive à un moment opportun pour retranscrire certaines réalités culturelles, comme les cérémonies traditionnelles, dans une écriture enracinée dans les références locales.
Souveraineté linguistique
Romba souligne que son écriture est ancrée dans sa propre culture, permettant à un peuple de se reconnaître dans son système d’écriture. Il considère que cette écriture pourrait devenir un symbole identitaire, semblable aux drapeaux.
Pour plusieurs apprenants, l’écriture Romba représente un moyen de renouer avec leur identité. Kouka Kologo exprime son enthousiasme, déclarant que cela lui donne envie d’apprendre. Soré Nebnoma, après dix-huit ans à l’étranger, souhaite se reconnecter à ses origines et transmettre cet héritage à son enfant.
Après dix-sept années de maturation, l’écriture Romba commence à se faire connaître. Son concepteur envisage de l’utiliser comme un outil de valorisation des langues nationales et de rayonnement culturel, avec une formation de 300 cadres pionniers en préparation pour soutenir cette dynamique.
Source : Courrier International
