Intelligence artificielle : aux Etats-Unis, les data centers cristallisent une fronde populaire – L'Express

Intelligence artificielle : aux États-Unis, les data centers cristallisent une fronde populaire

Ce samedi 18 juillet, des manifestations sont prévues à travers les États-Unis contre les centres de données dédiés à l’intelligence artificielle. Selon l’organisation conservatrice Humans First, à l’origine de cette mobilisation nationale, 120 rassemblements doivent se tenir dans 37 États, dont 18 au Texas, 12 en Floride et huit en Californie, ainsi qu’en Géorgie. Leur objectif est de pousser les élus locaux et fédéraux à mettre un coup d’arrêt à ces infrastructures, accusées de menacer « nos villes, nos portefeuilles et notre mode de vie ». Ce mouvement transcende les clivages politiques, unissant une partie de la population.

Longtemps limité à des batailles locales, ce rejet prend désormais une ampleur nationale. The Economist évoque une véritable « levée de boucliers ». Dans un pays profondément polarisé, l’opposition aux centres de données rassemble des électeurs de sensibilités politiques variées. Un sondage Reuters/Ipsos réalisé en juin révèle que seulement un tiers des Américains approuvent le rythme actuel de construction de ces infrastructures, tandis que 14 % accepteraient l’implantation d’un centre de données dans leur propre commune.

Le Michigan illustre cette montée des tensions. À Saline Township, un projet de centre de données de 16 milliards de dollars, porté par Oracle, OpenAI, Blackstone et Related Digital, est devenu le symbole de cette bataille. Baptisé « The Barn », le complexe doit couvrir près de 100 hectares. D’autres projets dans l’État ont déjà été freinés : à Washington Township, les promoteurs ont renoncé à leur projet après la mobilisation des riverains. À Augusta, en Géorgie, une pétition a permis d’imposer un vote public sur le zonage, ralentissant considérablement le développement.

Ce rejet ne traduit pas seulement des inquiétudes environnementales. Pour beaucoup d’Américains, les centres de données incarnent l’essor de l’intelligence artificielle et les bouleversements qu’elle promet. Les riverains dénoncent la laideur de ces immenses bâtiments, le bruit des groupes électrogènes et des systèmes de refroidissement, ainsi que les risques pesant sur les ressources en eau. Des sondages montrent même que les Américains préféreraient vivre à proximité d’une centrale nucléaire plutôt que d’un centre de données. En toile de fond se dessine une inquiétude plus large vis-à-vis de l’intelligence artificielle, avec une « recrudescence de discours violents et de menaces » liée à cette opposition grandissante.

Alors que Donald Trump a fait du développement rapide de l’IA un axe majeur de la compétition technologique avec la Chine, son administration cherche à rasr les électeurs. La Maison-Blanche travaille avec les compagnies d’électricité et les promoteurs pour éviter que le coût de cette expansion ne soit répercuté sur les contribuables. L’État de New York a même suspendu, par décret, la construction de nouveaux centres de données consommant au moins 50 mégawatts d’électricité, une première aux États-Unis.

Cette mobilisation commence déjà à porter ses fruits. The Economist rapporte qu’au moins vingt projets de centres de données, représentant 42 milliards de dollars d’investissements et une capacité électrique de 3,5 gigawatts, ont été abandonnés au premier trimestre 2026 sous la pression des habitants. Cela constitue un revers pour une industrie qui devrait connaître une croissance sans précédent, avec jusqu’à 3 000 milliards de dollars d’investissements prévus dans les centres de données dédiés à l’IA dans le monde entre 2026 et 2030, dont une part majeure aux États-Unis.

Source : L’Express

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