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En vue de la présidentielle de 2027, la Fondation Jean Jaurès propose une enquête sur l’état de la gauche, qui représente 29 % de l’électorat. Le chercheur Antoine Bristielle a construit quatre groupes distincts pour explorer les différentes familles de la gauche et leurs tropismes électoraux, en se basant sur les systèmes de valeurs et les aspirations qui les animent. Cette analyse met en lumière les attitudes politiques des jeunes générations.
Le premier point de divergence entre ces groupes est la dose de radicalité que chacun est prêt à accepter pour atteindre des objectifs communs tels que la santé, l’éducation, le pouvoir d’achat et la réduction des inégalités. Le second point est l’attitude envers Jean-Luc Mélenchon, qui divise l’opinion entre ceux qui le voient comme un héros et ceux qui le perçoivent comme un danger. Néanmoins, la majorité des membres de la gauche (29 %) se montre pragmatique et pourrait potentiellement soutenir Mélenchon ou un candidat écologiste si cela sert leur objectif de changement radical.
Qui sont ces groupes?
Le premier groupe, représentant 20 % de la gauche, est constitué des Insoumis. Ce groupe se distingue par son homogénéité et son projet de rupture politique. Environ 86 % de ses membres avaient voté pour Mélenchon au premier tour de la présidentielle de 2022, et 63 % pour la liste de Manon Aubry aux élections européennes de 2024. Près de 84 % envisagent de voter pour Mélenchon en 2027. Ce groupe est largement favorable à l’immigration, avec seulement 9 % estimant qu’il y a trop d’immigrés en France.
Le second groupe rassemble les personnes de gauche ayant rompu avec Mélenchon. En 2022, 41 % d’entre elles avaient voté pour lui, mais seulement 8 % envisagent ce choix pour 2027. Ce changement est dû à une évaluation négative de Mélenchon, perçu comme un danger pour la démocratie par 75 % de ce groupe. Aucun candidat n’éveille un enthousiasme particulier, mais 43 % se déclarent en faveur de Raphaël Glucksmann.
Le troisième groupe, représentant 23 % de l’électorat de gauche, s’enracine dans le macronisme et la tradition social-démocrate. Ce groupe se présente comme modéré, avec une forte opposition à Mélenchon. Près de la moitié de ses membres ont voté pour Emmanuel Macron en 2022. Ils seraient satisfaits si Raphaël Gluckmann venait en tête en 2027.
Le quatrième groupe, le « vote utile à gauche », constitue le plus gros segment avec 32 % de l’électorat. Ce groupe n’est pas anti-Mélenchon et pourrait voter pour lui ou un autre candidat, en particulier Marine Tondelier, en fonction des alliances possibles. Ce groupe est majoritairement jeune, avec 47 % de ses membres ayant moins de 35 ans, et 72 % sont diplômés de l’enseignement supérieur.
La question européenne
Une barrière potentielle à une alliance entre les jeunes des groupes 1 et 4 est leur attitude envers l’Europe. Seuls 41 % des mélenchonistes pensent que l’appartenance à l’Europe est bénéfique, tandis que les autres groupes manifestent un soutien clair au projet européen, notamment 85 % dans le groupe 3. Cela pourrait compliquer le soutien à Mélenchon, qui adopte une position critique envers l’OTAN et l’Europe.
Des recherches montrent que la jeunesse diplômée est généralement attachée à l’Europe et ses bénéfices, y compris la liberté de circulation. Cela soulève des questions sur la capacité de Mélenchon à séduire cette tranche de l’électorat dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes.
Cette analyse est fondée sur une enquête électorale réalisée par IPSOS pour la Fondation Jean Jaurès, Le Monde et le CEVIPOF.