Le non à «Pas de Suisse à 10 millions» ne règle pas la question européenne

Rien n’est joué pour l’avenir des relations entre Berne et Bruxelles

Le 14 juin, le peuple suisse a rejeté l’initiative « Pas de Suisse à 10 millions », qui proposait de plafonner la population helvétique à 10 millions de personnes en limitant drastiquement l’immigration. Ce rejet, bien qu’il ait préservé l’Accord sur la libre circulation des personnes, ne garantit pas la stabilité des relations entre la Suisse et l’Union européenne (UE). Les experts avertissent qu’un refus du futur paquet d’accords bilatéraux reste envisageable.

Cédric Dupont, professeur de relations internationales à l’Institut des hautes études internationales et du développement (IHEID), souligne que le résultat du vote ne doit pas être interprété comme un soutien inconditionnel au paquet d’accords entre la Suisse et l’UE. Il a identifié sept cantons clés où le scrutin a été très serré, laissant planer l’incertitude sur l’orientation future des électeurs.

La question stratégique actuelle concerne le mode de scrutin pour les négociations des Bilatérales III : celles-ci seront-elles soumises à la double majorité du peuple et des cantons ou à une majorité simple ? Dupont estime qu’obtenir la double majorité sera difficile, un point que le Parlement suisse devra trancher lors de sa session d’automne.

Du côté de l’UE, le vote a été suivi avec une attention discrète. Aleksandra Planinic, correspondante à Bruxelles, note que la Commission européenne a choisi de ne pas s’exprimer publiquement avant le scrutin pour éviter toute instrumentalisation. Cependant, l’inquiétude était palpable, car un résultat positif pour l’initiative aurait pu envoyer un signal négatif concernant les relations avec la Suisse.

Le rejet de l’initiative a été accueilli avec soulagement à Bruxelles, mais les 45 % de voix en faveur de l’initiative témoignent d’un scepticisme persistant envers l’UE en Suisse. Planinic souligne que, bien que le pire ait été évité, la véritable épreuve résidera dans le futur vote sur le nouveau paquet d’accords.

Les syndicats et la gauche, quant à eux, mettent l’accent sur la protection des salaires et exigent des garanties contre la sous-enchère salariale. Si le peuple refuse finalement les Bilatérales III, une érosion progressive des relations entre la Suisse et l’UE pourrait s’installer, rendant plus difficile l’accès à des programmes comme Horizon Europe ou Erasmus.

Les 500 000 Suisses vivant dans l’UE pourraient également ressentir les conséquences d’une détérioration des relations. Daniel Hunziker, directeur de l’Organisation des Suisses de l’étranger, indique que cela pourrait nuire à leur accès au marché du travail et à leurs possibilités de mobilité.

Source : SWI swissinfo.ch

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