Finances publiques : "Laisser croire qu'on peut combattre l'arithmétique est illusoire"

Finances publiques : « Laisser croire qu’on peut combattre l’arithmétique est illusoire »

Le prochain locataire de l’Élysée ne pourra pas dire qu’il ne savait pas. À la demande du gouvernement, quatre économistes de renom – Xavier Jaravel, Xavier Ragot, Jean-Luc Tavernier et Natacha Valla – ont analysé la trajectoire des finances publiques françaises d’ici la fin de la décennie. Cet exercice, basé sur une « politique budgétaire inchangée », met en évidence la dérive spontanée de la dépense publique.

Leurs conclusions sont alarmantes : sans mes de redressement, le déficit public atteindra presque 7 % du PIB d’ici 2030, tandis que la dette publique grimpera de 118 % du PIB aujourd’hui à plus de 130 % à la fin de la décennie. Ce rapport souligne la nécessité d’un redressement budgétaire inéluctable.

Jean-Luc Tavernier, ancien directeur général de l’INSEE, précise que l’effort financier nécessaire pour stabiliser le ratio d’endettement public est chiffré à 126 milliards d’euros. Il souligne que les hypothèses retenues ne sont pas les plus pessimistes, notamment en matière de croissance, et qu’une crise économique, géopolitique, sanitaire ou climatique n’est pas à exclure.

La France a déjà connu des ajustements budgétaires sporadiques, mais la situation actuelle exige un ajustement principalement par la dépense, ce qui est inédit. Bien que la situation soit préoccupante, elle n’est pas comparable à celle de la Grèce, qui avait un problème de balance courante déficitaire. Toutefois, la France se distingue par son niveau de déficit, et un rappel à l’ordre des marchés financiers pourrait devenir sévère si des mes ne sont pas prises.

La dérive de la dépense publique et de la charge de la dette est également soulignée. Bien que certains économistes minimisent le service de la dette par rapport au PIB, il est important de considérer que la diminution de la dette par le passé a été largement due à l’inflation. Aujourd’hui, le choix de s’endetter indéfiniment pourrait évincer d’autres dépenses essentielles, telles que l’éducation et la défense.

Tavernier met également en avant une « disposition d’esprit » du public qui souhaite plus de dépenses tout en demandant moins d’impôts. Selon lui, il est crucial que l’opinion publique prenne conscience des réalités financières, car des solutions magiques ne suffiront pas à résoudre le problème.

Enfin, il avertit que la France ne doit pas présumer d’une immunité vis-à-vis des marchés financiers. Les taux d’intérêt, bien qu’inférieurs à ceux qu’ils pourraient être en dehors de la zone euro, restent élevés par rapport à ceux de nombreux voisins européens.

Les économistes appellent à une réflexion sérieuse sur les finances publiques, car le sujet sera omniprésent dans le débat public durant le prochain quinquennat.

Source : L’Express

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