Après VLC, Jean-Baptiste Kempf veut construire le système nerveux des robots
L’intelligence artificielle (IA) progresse vers une interaction plus étroite avec le monde physique, mais une couche technologique essentielle demeure manquante entre la prise de décision d’un modèle et son exécution par une machine. Les drones autonomes, robots industriels, véhicules sans conducteur et systèmes médicaux robotisés nécessitent des transmissions de données en temps réel, mais les infrastructures Internet actuelles ne sont pas optimisées pour ces besoins.
Avec l’essor de l’IA dans la robotique et les systèmes autonomes, cette problématique devient un enjeu stratégique. C’est dans ce cadre que se positionne Kyber, fondée par Jean-Baptiste Kempf, connu pour son rôle dans le développement de VLC et FFmpeg. La société a récemment levé 5 millions de dollars (environ 4,3 millions d’euros) grâce à un tour de financement dirigé par Lightspeed Venture Partners, avec la participation d’OVNI Capital et Kima Ventures.
Kyber vise à développer une infrastructure en temps réel permettant aux opérateurs humains et aux agents autonomes de contrôler et d’entraîner des machines à distance. Actuellement, la plupart des systèmes reposent sur des technologies conçues pour le grand public, comme WebRTC, qui ne sont pas adaptées à la coordination de systèmes autonomes dans des environnements critiques.
Kyber prétend réduire la latence à environ huit millisecondes en synchronisant tous les flux nécessaires au fonctionnement d’une machine autonome. L’objectif est de fournir aux développeurs une couche logicielle unique pour gérer simultanément la vidéo, l’audio, les données des capteurs et les commandes de contrôle, tout en maintenant une cohérence temporelle.
L’approche de Kyber s’inscrit dans la continuité des projets de Kempf, qui a précédemment établi des standards avec VLC et FFmpeg. Ces technologies sont devenues des infrastructures de référence dans le monde numérique. Le modèle commercial de Kyber repose sur une stratégie « open core », où une partie de la technologie est accessible en open source pour encourager son adoption, tandis que les fonctionnalités avancées sont monétisées auprès des entreprises.
Le soutien de Lightspeed Venture Partners reflète un intérêt croissant pour les infrastructures d’IA. Selon Antoine Moyroud, partenaire chez Lightspeed, bien que les modèles avancent rapidement, les infrastructures pour les relier au monde physique sont en retard. Cette tendance est observée dans plusieurs secteurs, notamment la robotique, la défense, l’industrie et les télécommunications.
L’émergence de systèmes autonomes pourrait transformer les infrastructures numériques, qui ont historiquement été conçues pour connecter des individus et des contenus. L’avenir semble nécessiter des infrastructures capables de connecter des millions de machines autonomes.
Jean-Baptiste Kempf, après avoir contribué à des avancées significatives dans le domaine de la vidéo numérique, s’engage désormais à développer des infrastructures qui pourraient soutenir la prochaine phase de l’intelligence artificielle, visant à créer le successeur de WebRTC pour l’ère des robots et des systèmes autonomes.
Source : Frenchweb
