Ordre des médecins : une loi agricole controversée menace la santé publique

Ordre des médecins : une loi agricole controversée menace la santé publique

Rendements agricoles versus santé publique, c’est la question que doivent démêler députés et sénateurs ce jeudi 16 juillet en commission mixte paritaire. À l’ordre du jour, une loi d’urgence agricole écrite pour sauver les agriculteurs d’une concurrence européenne déloyale, mais qui éveille l’inquiétude de nombreux professionnels de santé et scientifiques pour une raison : la réinsertion de pesticides à risques pour la santé humaine.

Une loi d’urgence agricole aux airs de déjà-vu

Remanié à plusieurs reprises durant le processus parlementaire, le texte de loi d’urgence agricole a été modifié par la droite sénatoriale, notamment par Laurent Duplomb, sénateur républicain et agriculteur dans le département de la Haute-Loire. Destiné à aider les agriculteurs et protéger la souveraineté alimentaire française, le projet de loi compte aujourd’hui 80 articles, contre 23 à ses débuts.

Si le texte est adopté dans les jours qui suivent, plusieurs projets phares pourraient voir le jour. Mais un en particulier inquiète les médecins : la réinsertion de deux pesticides, l’acétamipride et le flupyradifurone, deux néonicotinoïdes déjà mentionnés dans les propositions de loi Duplomb I et II. Ces propositions avaient suscité des débats houleux et une pétition citoyenne ayant recueilli 2 131 368 signatures jusqu’à la date limite du 2 décembre 2025.

Cette fois-ci, la loi d’urgence agricole prévoit de les réintégrer dans le cadre de dérogations spéciales accordées aux cultivateurs de noisettes pour l’acétamipride, et aux cultivateurs de betteraves, de pommes et de cerises pour le flupyradifurone. Ces dérogations permettront aux agriculteurs français de concurrencer ceux des autres pays européens qui y ont déjà accès.

Un enjeu de santé publique

Si ces pesticides pourraient effectivement améliorer les rendements agricoles, le coût sanitaire est, selon Didier Spindler, vice-président de l’Ordre national des médecins, beaucoup trop risqué. Invité au micro de France Inter, il a exprimé son inquiétude face à cette loi d’urgence agricole.

« On a affaire à des gens instruits, éduqués, intelligents, qui comprennent très bien ce qu’on leur dit mais qui, pour des idéologies purement politiques, s’arcboutent sur des décisions qui vont à l’encontre de la santé publique », a-t-il dénoncé. Il rappelle que les pesticides, une fois pulvérisés, ont une action toxique pour la population et pour les agriculteurs eux-mêmes.

L’acétamipride et le flupyradifurone avaient été interdits en France avec la loi du 14 décembre 2020, en raison de dangers suspectés pour la santé reproductive et le neurodéveloppement, notamment chez les enfants. Réintroduire ces produits en France équivaudrait donc à l’ouverture d’une fenêtre d’exposition beaucoup plus importante et potentiellement dangereuse.

Didier Spindler souligne que « défendre la population revient aussi à défendre le monde agricole ». Il insiste sur le fait qu’il ne faut pas dissocier les deux, d’autant que des alternatives de traitements existent. Il conclut : « il ne faut pas s’arcbouter sur des traitements phytosanitaires dont la dangerosité pour la population est avérée ».

Source : Santé Magazine

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