Apprenons à gérer notre peur du loup autrement que par l’abattage
Le gouvernement français prévoit d’intensifier les tirs de loups, comme l’indique la loi d’urgence agricole discutée par le Parlement. Cette législation, qui reprend les recommandations d’un arrêté du 23 février, retire le loup de la liste des mammifères strictement protégés et augmente le quota de destruction de 19 à 21 % des effectifs estimés. Ce changement de politique semble répondre à une montée de la peur face à la présence du loup, perçu comme un obstacle pour les éleveurs.
Les mes proposées sont souvent présentées comme du pragmatisme, mais elles soulèvent des questions sur leur efficacité. Des études scientifiques n’ont pas démontré que l’augmentation des tirs réduisait durablement la prédation sur les troupeaux. Au contraire, des recherches suggèrent que des abattages non ciblés peuvent désorganiser les meutes de loups, aggravant ainsi les attaques sur le bétail. De plus, il n’existe aucune preuve que la détresse des éleveurs diminue avec chaque loup abattu.
La peur du loup est une construction culturelle, évoluant au fil du temps et selon les régions. Dans certaines cultures, le loup est vénéré, tandis que dans d’autres, il est redouté. En France, cette peur a été exacerbée par des décennies d’absence de loup, ayant été exterminé dans les années 1930. Son retour naturel, amorcé en 1992, a créé une rupture dans les habitudes de cohabitation entre humains et loups.
Cette situation soulève des questions sur la capacité de la société à gérer la cohabitation avec un prédateur. Pour aller au-delà de la peur, il est nécessaire de construire un cadre culturel qui reconnaisse les défis rencontrés par les éleveurs tout en intégrant des solutions durables, telles que des moyens de protection adaptés et un dialogue entre les différents acteurs concernés.
En somme, la véritable question n’est pas de savoir si nous avons peur du loup, mais comment nous choisissons d’y répondre. En transformant cette peur en intelligence collective plutôt qu’en permis de tuer, nous pourrions trouver des solutions plus adaptées aux défis du XXIe siècle.
Source : Irina Andryushchenko-Basquin, psychologue et chercheuse indépendante.
