ENQUETE. Scandale du logiciel espion Pegasus : de nouvelles preuves contre le Maroc – franceinfo

Scandale du logiciel espion Pegasus : de nouvelles preuves contre le Maroc

Depuis 2021, la justice française mène une enquête sur l’espionnage ayant ciblé des journalistes et des responsables politiques. Alors que le Premier ministre et une partie du gouvernement se trouvent actuellement au Maroc, de nouvelles preuves émergent contre le royaume chérifien, dans le cadre d’une enquête coordonnée par l’ONG Forbidden Stories.

Le 23 juillet 2021, le ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu, a dû se séparer temporairement de son téléphone professionnel, un iPhone XS, pour qu’il soit examiné par l’Anssi, l’agence nationale de cybersécurité. Les techniciens cherchaient à déterminer si l’appareil avait été infecté par le logiciel espion israélien Pegasus. Le rapport de la DGSI, le renseignement intérieur français, a confirmé la présence d’indices de compromission, suggérant un potentiel ciblage de Lecornu.

Quelques jours avant cet incident, Forbidden Stories et 17 médias partenaires avaient publié une enquête sur l’espionnage potentiel de près de 50 000 téléphones dans le monde, révélant que Pegasus avait été acquis par plusieurs gouvernements. Ce logiciel permet d’accéder à toutes les fonctions d’un smartphone, ciblant notamment des militants des droits de l’homme, des journalistes et des opposants politiques. Parmi les cibles, un millier de numéros de téléphones français ont été identifiés, incluant ceux de journalistes comme Edwy Plenel et Rosa Moussaoui, ainsi que de hauts dirigeants français, dont le président Emmanuel Macron.

Le Maroc a été accusé d’avoir utilisé Pegasus pour surveiller des citoyens et responsables français. L’Élysée a déclaré que si ces faits étaient avérés, ils seraient très graves. Toutefois, le royaume chérifien a vigoureusement contesté ces accusations et a même poursuivi en justice ceux qui l’avaient accusé, y compris Radio France. Cependant, la plainte du Maroc a été jugée irrecevable par la Cour de cassation, qui a confirmé cette décision fin 2024.

L’enquête actuelle, menée par Forbidden Stories et ses partenaires, s’appuie sur des documents et des témoignages d’anciens agents du renseignement marocain. Un lanceur d’alerte, connu sous le nom de Safir, a décrit la mise en place de Pegasus en 2017, affirmant que le logiciel avait été utilisé pour créer des dossiers compromettants contre des journalistes et des militants.

Le Maroc n’a pas directement acheté Pegasus auprès de la société israélienne NSO, mais aurait passé par une société émiratie. Malgré les dénégations du Maroc, la DGSE a exprimé des doutes, indiquant que les Émirats arabes unis et le Maroc avaient utilisé des produits NSO depuis 2017.

Les investigations judiciaires ont confirmé la présence de traces de Pegasus dans les téléphones de plusieurs ministres français, mais ces preuves ne suffisent pas à établir la responsabilité du Maroc sur le plan judiciaire. Les autorités marocaines et israéliennes n’ont pas coopéré avec le juge en charge de l’instruction, Serge Tournaire.

Le revirement de la France sur la question du Sahara occidental a également suscité des interrogations. En octobre 2024, Emmanuel Macron a reconnu la souveraineté du Maroc sur ce territoire, une décision qui a surpris certaines victimes françaises de Pegasus.

À ce jour, seules deux personnes ont été placées sous le statut de témoin assisté dans l’enquête française. Contacté par Forbidden Stories, le Maroc n’a pas répondu aux questions posées.

Source : Franceinfo

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