La situation est catastrophique : une hécatombe de poissons tués par la chaleur
Trégourez (Finistère), reportage
« La situation est catastrophique, c’est bien plus inquiétant qu’on ne l’imaginait. » Les bottes dans une rivière quasi à sec, un petit saumon atlantique et un chabot morts dans sa main, Mathieu Le Bouter, coordinateur de la pêche de sauvetage dans l’Odet, exprime son désappointement. En collaboration avec la Fédération de pêche départementale et un groupe de bénévoles, l’objectif est de sauver entre 200 et 400 truites et petits saumons. Cependant, le constat est alarmant : les fortes chaleurs et la sécheresse des dernières semaines ont déjà causé de nombreux dégâts.
« C’est un cercle vicieux », explique Le Bouter. La baisse du débit de la rivière, due à la sécheresse, entraîne une augmentation de la température de l’eau, provoquant la mort des végétations aquatiques. Cette situation engendre la prolifération d’algues filamenteuses et une diminution de l’oxygène dans l’eau, rendant le milieu asphyxiant pour les poissons. Sans cette opération de sauvetage, ceux qui restent sont condamnés.
Sur les 2 km de rivière inspectés par l’équipe de pêcheurs, beaucoup de poissons sont déjà morts, asphyxiés ou victimes de prédateurs tels que hérons et cormorans, attirés par le faible niveau d’eau.
Un mois d’avance par rapport à 2025
Parallèlement à l’Odet, l’Isole, un autre cours d’eau finistérien, subit une diminution alarmante de son débit. Une opération de sauvetage y est également prévue pour protéger les truites et saumons atlantiques, espèces en danger particulièrement sensibles à la chaleur. « Quand l’eau atteint 25 °C, les salmonidés souffrent », précise Le Bouter.
En 2025 et 2022, des opérations avaient permis de déplacer des centaines de poissons, mais cette année est atypique. « Nous avons un mois d’avance par rapport aux opérations de 2025 et 2022, en raison de trois canicules et de la sécheresse de ce début d’été. La température de l’eau nous inquiète », déclare Pierre Péron, président de la Fédération de pêche du Finistère.
À l’issue de la journée de sauvetage, environ 250 truites adultes et quelques saumons juvéniles ont été capturés et relâchés à un endroit où le débit est plus élevé.
Situation préoccupante à l’échelle nationale
En France, le ministère de la Transition écologique estime la situation « très préoccupante ». Près d’un tiers des stations de me affichent des niveaux inférieurs aux minima observés au cours des vingt dernières années à la même période, et un quart des petits cours d’eau sont désormais à sec, une situation inédite depuis le début du suivi national en 2012.
Claude Roustan, président de la Fédération nationale de la pêche en France, souligne que la surmortalité des poissons dépend des secteurs, avec des pertes particulièrement élevées dans certaines régions. Actuellement, toute la France métropolitaine fait face à des restrictions d’eau, et 43 départements sont en situation de crise, réservant l’eau aux usages prioritaires.
Implications futures
Les conséquences de cette sécheresse sont déjà visibles : le Doubs dans le Jura est complètement à sec sur plusieurs kilomètres, ce qui soulève des inquiétudes concernant l’approvisionnement en eau potable. Quant à la Loire, ses débits naturels atteignent des niveaux historiquement bas pour un mois de juillet.
Les opérations de sauvetage de poissons dans les cours d’eau et les étangs, où l’eau atteint également des températures très élevées, sont jugées « nécessaires ». Cependant, les démarches d’autorisation peuvent prendre plusieurs jours, ce qui complique la situation.
Dans le Finistère, de nouvelles opérations de sauvetage sont envisagées si les fortes chaleurs persistent, mais les bénévoles ne pourront pas être présents partout pour sauver tous les poissons.
Source : Reporterre
