Kenya: la Haute Cour appelée à trancher sur la demande des rastafaris d'utiliser le cannabis pour leur culte

Kenya : la Haute Cour appelée à trancher sur la demande des rastafaris d’utiliser le cannabis pour leur culte

Une religion reconnue mais un rite interdit : c’est tout le paradoxe auquel la Haute Cour du Kenya doit répondre ce 15 juillet 2026. Les juges doivent dire si les adeptes du mouvement rastafari peuvent bénéficier d’une exemption religieuse leur permettant d’utiliser le cannabis dans le cadre de leur culte. Une décision qui pourrait redéfinir les contours de la liberté religieuse dans le pays.

Au Kenya, posséder du cannabis peut valoir jusqu’à 10 ans de prison. Pour les rastafaris, cette interdiction revient pourtant à criminaliser l’un des principaux rites de leur religion. La Rastafari Society of Kenya ne demande pas une légalisation générale du cannabis, mais une dérogation pour ses fidèles, estimant que la Constitution protège leur liberté de culte au même titre que celle des autres religions.

Duncan Okatch, avocat à la Haute Cour du Kenya, souligne : « Si les autres religions sont autorisées à pratiquer leur culte comme elles l’entendent et que leurs pratiques sont respectées, alors les rastafaris doivent eux aussi être respectés. » Selon lui, l’argument juridique repose sur la nature même du cannabis dans la foi rastafari : « Pour eux, le cannabis est sacré. C’est un peu comme la communion dans la religion catholique. Cette pratique favorise la méditation et la réflexion spirituelle. Elle devrait donc être protégée. »

Les requérants s’appuient sur la Constitution de 2010, qui garantit la liberté de religion et interdit les discriminations fondées sur les croyances. Ils invoquent également la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, ainsi que la Déclaration universelle des droits de l’homme. Dans leur requête, ils affirment ne pas demander un nouveau droit, mais simplement que « les droits que la Constitution garantit déjà à toutes les religions s’appliquent aussi à eux. »

Cette bataille judiciaire ne date pas d’hier. En 2019, la Haute Cour avait déjà donné raison à une famille rastafari après l’exclusion d’une élève portant des dreadlocks. Le tribunal avait jugé que cette décision portait atteinte à sa liberté de religion, reconnaissant ainsi le rastafarisme comme une religion protégée par la Constitution kényane.

Né en Jamaïque dans les années 1930, le rastafarisme s’est progressivement implanté en Afrique de l’Est. Au Kenya, ses adeptes disent subir une double stigmatisation : pour leurs dreadlocks, mais aussi pour leur consommation de cannabis, qu’ils considèrent comme une « herbe sacrée » favorisant la méditation et la communion avec Dieu.

En revanche, les autorités défendent une tout autre lecture. La National Authority for the Campaign Against Alcohol and Drug Abuse (NACADA) refuse toute exemption religieuse, estimant que le cannabis reste un stupéfiant présentant des risques pour la santé publique et que le Kenya est tenu de respecter ses engagements internationaux en matière de lutte contre les drogues.

La Haute Cour devra donc arbitrer entre deux principes protégés par le droit : la liberté de religion d’un côté, la protection de la santé publique de l’autre. Une décision qui pourrait faire jurisprudence pour d’autres demandes d’exemptions religieuses.

Cette affaire soulève également une question plus large sur les limites de la protection de la liberté religieuse par l’État. La décision de la Haute Cour pourrait influencer le débat sur la protection des minorités religieuses face à d’autres impératifs d’intérêt général.

Source : RFI

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