Zones grises de l’information : le Sénat veut muscler la lutte contre la désinformation avant 2027

Le Sénat renforce la lutte contre la désinformation avant 2027

Une information de plus en plus abondante, mais de moins en moins lisible. La commission de la culture du Sénat a lancé, il y a six mois, une mission d’information sur les « zones grises de l’information dans l’espace numérique ». Le rapport, présenté le 9 juillet par Laurent Lafon (Union centriste), Agnès Evren (Les Républicains) et Sylvie Robert (Parti socialiste), formule 56 recommandations et dresse le portrait d’un paysage médiatique profondément bouleversé par les plateformes numériques, les créateurs de contenus et l’intelligence artificielle.

Une étude de l’Institut Reuters publiée le 16 juin, menée auprès de 100 000 personnes dans 48 pays, révèle que le public s’informe désormais davantage via Facebook, YouTube ou TikTok que par les médias traditionnels. Cette évolution fragilise un secteur déjà confronté à une crise économique majeure. Les sénateurs soulignent que l’enjeu touche directement au « fonctionnement démocratique ».

Le risque d’« ingérences intérieures »

Le rapport alerte sur les campagnes électorales de 2027 et note qu’aucun dispositif n’existe pour identifier d’éventuelles opérations menées depuis l’intérieur du pays. Laurent Lafon indique que la France est vulnérable à des ingérences intérieures, évoquant la possibilité d’acteurs politiques ou idéologiques utilisant massivement les réseaux sociaux pour influencer l’opinion publique. Pour contrer cette menace, les rapporteurs recommandent la création d’un « observatoire indépendant de la désinformation » avant la prochaine présidentielle.

Critique des plateformes numériques

Le rapport critique sévèrement le modèle économique des grandes plateformes numériques. Les sénateurs estiment que les mécanismes de ces plateformes favorisent la diffusion de contenus trompeurs. Selon eux, les algorithmes, loin d’être neutres, maximisent le temps d’écran et les recettes publicitaires, amplifiant ainsi les contenus sensationnalistes. Le rapport cite également une étude du projet européen SIMODS, indiquant que les contenus trompeurs représentent jusqu’à un quart des publications sur certaines plateformes.

Intelligence artificielle et désinformation

L’émergence rapide des outils d’intelligence artificielle est une autre préoccupation majeure. Un Français sur huit utiliserait déjà l’IA pour s’informer. Les sénateurs mettent en garde contre les erreurs factuelles que ces dispositifs peuvent produire et soulignent leur capacité à générer de la désinformation à grande échelle. Ils souhaitent soumettre les plateformes d’IA aux mêmes obligations que les grandes plateformes numériques.

Un modèle économique en crise

Le rapport souligne l’effondrement du modèle économique de l’information. Les recettes publicitaires se sont massivement déplacées vers les géants du numérique, concentrant 76 % des revenus de la publicité en ligne entre huit plateformes internationales. Pour rééquilibrer la situation, les sénateurs proposent de créer un fonds alimenté par les amendes infligées par la CNIL et l’Arcom, destiné aux médias d’information.

Reconnaissance des créateurs de contenus

Le rapport propose également de reconnaître les influenceurs et créateurs de contenus qui jouent un rôle important dans l’accès à l’information. Un soutien financier spécifique pour ceux respectant des critères de qualité éditoriale est suggéré.

Conclusion

Une grande partie des recommandations formulées dépend d’évolutions du droit européen. Les sénateurs prévoient de déposer une proposition de loi à la rentrée pour traduire certaines recommandations dans le droit français avant les élections de 2027. Sylvie Robert conclut que l’information de qualité doit conserver ses moyens de liberté et d’indépendance, soulignant une responsabilité collective dans ce domaine.

Source : Public Sénat

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