En Iran, le retour partiel d'internet dévoile un quotidien qui s'est encore dégradé

En Iran, le retour partiel d’internet dévoile un quotidien dégradé

Alors que les Iraniens réussissent à se reconnecter à internet après une longue coupure, ils font état d’une situation économique alarmante. L’augmentation des prix, le chômage et les licenciements sont devenus monnaie courante. Selon un expert iranien, le pays pourrait compter cette année 4,5 millions de personnes supplémentaires sous le seuil de pauvreté.

Leila*, professeure de dessin à Shiraz, témoigne : « Pendant la guerre, mes classes ont toutes été annulées et mes revenus sont tombés à zéro. Je n’ai eu aucun élève pendant toute la durée du conflit car les parents avaient peur d’envoyer leurs enfants à l’extérieur de la maison. Même si mes classes ont pu reprendre début avril, je n’ai pas réussi à stabiliser ma situation car sans WhatsApp ni Instagram, »

Les femmes en première ligne

De nombreuses femmes, comme Marina*, qui gère une boutique de bijoux en ligne, se retrouvent sans emploi à cause de la coupure d’internet. « La plupart des entreprises en ligne se basent sur Instagram pour vendre leurs produits et être en contact avec les clients. J’ai dû créer un groupe sur une application iranienne, mais cela a nécessité une demande individuelle à chacun de mes 140 000 followers d’Instagram pour pouvoir communiquer avec eux. »

Zahra*, traductrice freelance, a également perdu son emploi durant cette période. Emily L. Blount, historienne spécialisée dans les médias, souligne que pour de nombreuses Iraniennes, Instagram est une source de revenus importante.

Avec le retour d’internet, beaucoup d’Iraniens partagent leur inquiétude sur les réseaux sociaux. Un enseignant déclare : « Mes conditions de vie se dégradent, mais »

Inflation sans précédent

Cette coupure d’internet s’accompagne d’une inflation galopante. La Banque centrale iranienne a annoncé un taux d’inflation annuel de 53,9%, tandis que le Centre des statistiques l’établit à 57,7%. Les prévisions les plus pessimistes envisagent une inflation à trois chiffres dans un avenir proche. À Téhéran, Fariba* témoigne : « Les prix fluctuent tout le temps, la nourriture est devenue incroyablement chère. »

La situation économique est telle que certains Iraniens ne peuvent plus se permettre que des biens de première nécessité. Le journal Shargh a également signalé une augmentation des prix des protections hygiéniques féminines, entraînant des problèmes sanitaires pour certaines femmes, surtout dans les zones défavorisées.

4,5 millions de personnes de plus sous le seuil de pauvreté

Hojjatollah Mirzaei, ancien directeur des fonds de pension iranien, indique que 40% de la population est déjà en dessous du seuil de pauvreté et que 4,5 millions de personnes supplémentaires pourraient y être ajoutées cette année. Les licenciements massifs et la fermeture d’entreprises sont courants, avec plus de la moitié des entreprises ayant dû réduire leur personnel de 10 à 30%.

Gholamhossein Mohammadi, vice-ministre du Travail, a estimé que la guerre avait entraîné la perte d’un million d’emplois directs et deux millions d’emplois indirects. La coupure d’internet a touché environ 20% des Iraniens dont les moyens de subsistance dépendent de la Toile.

L’incertitude quant à l’évolution de la situation économique et politique crée un sentiment d’insécurité parmi la population. Mohammad*, un résident de Tabriz, partage ce sentiment : « On dirait que tout le monde est à l’arrêt en attendant de voir ce qui va se passer. »

Les prénoms ont été changés.
Source : RFI.

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