Des rovers spatiaux aux cartes de la faim : l'IA transforme l'aide humanitaire

Des rovers spatiaux aux cartes de la faim : l’IA transforme l’aide humanitaire

Acheminer de la nourriture à travers des zones de conflit, des champs de mines et des zones inondées expose les travailleurs humanitaires à des risques mortels. Désormais, une technologie développée pour piloter des rovers sur des planètes lointaines est adaptée afin de soustraire les humanitaires à certaines des missions d’aide les plus dangereuses au monde.

Le projet AHEAD, une collaboration entre le Programme alimentaire mondial (PAM), le centre allemand de recherche aérospatiale DLR, la Croix-Rouge et plusieurs partenaires technologiques, développe des véhicules téléopérés capables de transporter des vivres dans des zones jugées trop dangereuses ou trop difficiles d’accès pour les camions de livraison classiques. Des images tournées sur un site d’essai du DLR en Allemagne montrent un véhicule tout-terrain SHERP s’engager dans une zone d’eau libre et franchir un terrain accidenté. Des capteurs analysent le terrain à l’avant tandis qu’un opérateur commande le véhicule à distance, ce qui lui permet de se déplacer sans personne derrière le volant. Le système s’appuie sur l’expérience du DLR dans le développement de rovers planétaires téléopérés et autonomes, dont le rover MMX conçu pour explorer Phobos, l’une des lunes de Mars.

Cette volonté d’intégrer les technologies émergentes à l’action humanitaire ne se limite pas aux livraisons physiques. HungerMap Live, une plateforme accessible au public développée par le PAM, utilise l’apprentissage automatique et des données quasi en temps réel pour suivre l’insécurité alimentaire dans plus de 95 pays. Elle croise des informations portant notamment sur les conflits, la météo, les risques climatiques et la situation économique afin de repérer les crises de faim émergentes. « Tout le monde peut consulter HungerMap Live sur internet. Vous pouvez y accéder à des données en temps réel et, en ce moment, nous travaillons même à prévoir la sécurité alimentaire à 90 jours », a déclaré Bernhard Kowatsch, directeur du pôle Global Accelerator and Ventures du PAM.

Des cartes fiables sont également essentielles aux interventions humanitaires. Après deux puissants séismes survenus dans le nord du Venezuela en juin, le manque de données géographiques a rendu difficile l’évaluation des dégâts et la hiérarchisation de l’aide. L’organisation Humanitarian OpenStreetMap Team affirme avoir utilisé l’apprentissage automatique pour extraire des informations sur les bâtiments à partir d’images satellites. Des bénévoles ont ensuite analysé ces images via son application MapSwipe, en signalant les zones où des constructions semblaient endommagées. « Dans les quatre jours qui ont suivi le séisme, nous avons pu mobiliser plus de 600 bénévoles qui, concrètement, faisaient glisser leur doigt à gauche ou à droite sur l’application mobile pour indiquer : oui, cette zone bâtie est endommagée ; non, cette zone bâtie ne l’est pas », explique Leen D’hondt, directrice de la technologie et des données au sein de Humanitarian OpenStreetMap Team.

Malgré les gains de vitesse que permet l’IA, D’hondt estime que la technologie n’égale pas encore la précision du travail minutieux réalisé par des cartographes humains. « La cartographie manuelle reste ce qui offre la meilleure qualité. Cependant, la rapidité est parfois plus importante », dit-elle. Malgré des progrès rapides, des spécialistes estiment que ces systèmes sont encore loin d’être intégrés de manière systématique aux réponses d’urgence dans le monde. « Pour l’instant, il n’existe pas vraiment de systèmes intégrés à ces protocoles d’urgence dans la plupart des pays », estime Monique Kuglitsch, responsable de l’innovation à l’institut Fraunhofer Heinrich Hertz.

Source : Euronews

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