L’intelligence artificielle : une machine à désinformer – franceinfo

L’intelligence artificielle : une machine à désinformer

En quelques années, l’intelligence artificielle a fait d’énormes progrès. Une immense machine parfois utilisée pour désinformer le grand public.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.


Il y a quelques années, l’IA était synonyme d’images mal faites, souvent laides et incohérentes. Des doigts en trop, des voix peu crédibles et des images de mauvaise qualité trahissaient une manipulation. Cependant, l’IA a beaucoup progressé. Images et textes sont désormais bien plus réalistes grâce à des avancées technologiques significatives. Guillemette Picard, conseillère en IA et membre du Conseil de l’IA et du numérique, déclare : « Dans ma vie professionnelle, je n’ai jamais rencontré personne, quel que soit son niveau d’expertise, qui ne soit pas surpris par la rapidité à laquelle les choses vont aujourd’hui. » Cette évolution technologique rapproche le faux du vrai, créant une machine à désinformer.

En 2021, le grand public découvre des images générées par l’IA, notamment à travers un acteur célèbre, Tom Cruise. La frontière entre réalité et fiction commence à se brouiller, suscitant des inquiétudes. À l’époque, il fallait une certaine maîtrise des outils pour créer de telles images, un processus complexe. Guillemette Picard précise : « Il fallait déjà une certaine maîtrise des outils. Avoir utilisé l’outil pendant six mois pour avoir cette maîtrise à la fois de la partie audio et de la partie visage. »

Les premières tentatives de désinformation par le Kremlin, telles que la fausse capitulation de l’Ukraine, étaient peu convaincantes. Cependant, les mois suivants ont vu des progrès rapides dans la technologie. Des images de plus en plus réalistes et faciles à produire émergent. Yann Chevaleyre, professeur à l’Université Paris Dauphine, souligne : « En dialoguant avec ces IA-là, on n’a pas arrêté de se rendre compte qu’elles avaient des compétences qu’on n’aurait jamais imaginées. »

John Mark Dougan, un Américain réfugié à Moscou, illustre l’utilisation de cette technologie pour la désinformation. Il a ciblé la France en générant et diffusant des faux sites et publications sur les réseaux sociaux, atteignant 56 millions de vues. Dougan affirme : « J’utilise l’intelligence artificielle pour amplifier certains sujets. Avec un seul serveur chez moi, j’écris près de 90 000 articles par mois. »

La capacité de l’IA à créer et partager de fausses images est alarmante. Guillemette Picard met en garde : « Un cheap fake, c’est à mon avis aussi dangereux, si ce n’est plus dangereux que le deepfake. » L’IA permet une diffusion ciblée et massive d’informations fausses, pouvant nuire à la démocratie.

Ces nouvelles images sont de plus en plus difficiles à détecter. Emmanuelle Saliba, responsable des enquêtes IA pour Get Real, note que les incohérences physiques qui étaient autrefois visibles commencent à disparaître. « Pour une personne de tous les jours qui est en train de regarder son téléphone, c’est plus compliqué. »

Quatre ans après le faux de la capitulation de Zelensky, la France est de nouveau ciblée par des vidéos de meilleure qualité, atteignant 14 millions de vues, réalisées par un lycéen burkinabé. Cela illustre l’amélioration exponentielle des modèles d’IA. Yann Chevaleyre précise : « Les modèles de 2010 pouvaient tenir sur un petit PC portable. Les modèles utilisés maintenant nécessitent des data centers. »

Cette course technologique, difficile à maîtriser, offre des capacités de désinformation illimitées. La démarcation entre le réel et la fiction s’estompe chaque jour.

Source : Franceinfo

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