Plantes vertes et fleurs de couleur : le jardin secret d’Edward Steichen
Une photographie emblématique de 1938, signée Dana Steichen, capture Edward Steichen en pleine activité de jardinage à Umpawaug Farm, dans le Connecticut. Sur cette image, il croise un delphinium blanc avec un plant violet foncé pour agrandir la fleur. Le titre, à l’humour tendre, souligne la complicité du couple : « M. Steichen est surpris par Mme Steichen en train de croiser un delphinium blanc avec un delphinium violet foncé afin d’augmenter la taille des fleurs de la variété blanche ». À cette époque, Steichen n’est plus seulement photographe, mais un obtenteur passionné.
Né en 1879 à Bivange, au Luxembourg, et décédé en 1973 à Redding, aux États-Unis, Edward Steichen a été un acteur majeur de l’évolution de la photographie au cours du XXe siècle. Il a été pionnier du pictorialisme, portraitiste pour des magazines tels que Vanity Fair et Vogue, et commissaire de l’exposition « The Family of Man » en 1955, qui continue de voyager. L’exposition « La Nature d’Edward Steichen », organisée par Ruud Priem, met en lumière un aspect moins connu de sa carrière : sa passion pour le jardinage, ses mains dans la terre.
Les delphiniums ne sont pas seulement des sujets photographiques pour Steichen ; il les a cultivés et hybridés avec soin. Les tournesols, qu’il admirait pour leur géométrie, et les lotus, pour leur symétrie, ont également marqué son œuvre. Dans un Bouquet de tournesols photographié en 1963, les pétales orangés se détachent sur un fond noir, illustrant la maîtrise technique qu’il a développée tout au long de sa carrière.
Une des photographies les plus délicates de l’exposition montre un parterre de delphiniums, dressés en épis contre un rideau de conifères sombres, représentant le résultat de décennies de croisements. Cette image, parmi les plus belles présentées à Arles cette année, témoigne de l’importance que Steichen accordait à la nature et à son évolution.
Steichen a également consacré près de dix ans à photographier un amélanchier à Umpawaug Farm, un projet qui, bien que tardif et inachevé, illustre sa volonté de capturer les variations saisonnières d’un même arbre, transformant l’obsession en tendresse. À 80 ans, il continue de guetter la silhouette familière de cet arbre, témoignant d’un lien profond entre l’homme et la nature.
L’exposition, qui présente environ 70 tirages et documents, révèle un homme qui a consacré sa vie à observer la croissance et l’évolution des plantes, un regard patient et attentif qui pourrait être considéré comme une définition même de la photographie.
« La Nature d’Edward Steichen » est à découvrir à La Mécanique Générale à Arles, jusqu’au 4 octobre 2026, dans le cadre des Rencontres d’Arles.
Source : Blind Magazine.
