L’IA et la Data : Révolution au Cœur du Tour de France
Une nouvelle guerre technologique se joue en parallèle du peloton du Tour de France. Les équipes rivalisent pour exploiter au mieux la data et l’intelligence artificielle (IA) afin d’optimiser leurs performances et obtenir des « gains marginaux », un terme popularisé par l’équipe Sky (devenue Netcompany INEOS) dans les années 2010.
Les données des coureurs sont collectées tout au long de l’année. À l’entraînement comme en compétition, elles permettent de suivre l’état de forme de chaque athlète et d’ajuster les stratégies en conséquence. Frédéric Grappe, directeur de l’innovation chez Groupama-FDJ United, explique : « À chaque entraînement ou compétition terminée, toutes les données sont téléchargées dans notre plateforme privée. »
Les dimensions de ces données incluent la puissance, l’altimétrie, la température, la fréquence cardiaque, ainsi que des facteurs externes comme la qualité et le temps de sommeil, mesurés grâce à des dispositifs portables. Cette collecte permet de modéliser un morphotype pour chaque coureur, essentiel pour personnaliser les entraînements et la nutrition.
Au sein de Groupama-FDJ United, l’équipe de data scientists, dont Frédéric Grappe, Olivier Mazenot et Victor Scholler, joue un rôle clé. Ils récoltent, analysent et interprètent ces données, créant des modules d’entraînement adaptés. Grappe souligne que le développement de leur plateforme a nécessité deux ans de compréhension et un an supplémentaire pour devenir fonctionnelle. Auparavant, l’équipe dépendait d’une société externe, ce qui posait des problèmes de propriété intellectuelle.
L’IA a transformé le traitement de ces données. Grappe indique : « Avec l’arrivée de l’IA, ce qu’un data scientist faisait en une semaine, aujourd’hui, il peut le faire en une journée, voire en quelques heures. » Cela permet aux équipes de gagner un temps précieux dans l’analyse et l’interprétation des données, cruciales pour la prise de décision.
Les équipes comme Team Visma | Lease A Bike ont été parmi les premières à adopter ces technologies. Leur PDG, Richard Plugge, a commencé à recueillir des données en 2016, et aujourd’hui, l’équipe dispose d’une « AI Control Room » pour affiner la nutrition et optimiser les choix des coureurs. Lors du Tour de France 2024, la formation Lotto Dstny a pu identifier un état de stress anormal chez son coureur Victor Campenaerts, ce qui lui a permis d’ajuster ses efforts et de remporter une étape quelques jours plus tard.
Cependant, l’utilisation de l’IA présente des défis. Grappe met en garde : « Si vous n’avez pas l’expertise, l’IA peut vous orienter vers des développements non cohérents. » La maîtrise des données est donc essentielle pour éviter que les coureurs ne deviennent trop dépendants des modèles, ce qui pourrait freiner leur progression.
L’IA et la data révolutionnent ainsi le quotidien des équipes du Tour de France, mais la clé du succès réside dans la compréhension et l’interprétation des données, afin de garantir que la technologie serve réellement l’athlète.
Source : Franceinfo.
