Il est anormal de devoir choisir entre ce que nous sauvons et ce qu’on laisse brûler
Ce weekend à Fontainebleau, des avions Canadair ont survolé pour la première fois l’emblématique forêt, en proie aux flammes. Plus de 800 hectares sont partis en fumée dans l’après-midi du 12 juillet. À cela s’ajoute 5 000 hectares de terres brûlées dans les Pyrénées-Orientales et 3 700 dans la Drôme.
Avec un total de 25 000 hectares brûlés depuis janvier et plus de 8 000 départs de feu, dont 900 depuis un mois, les moyens aériens de la Sécurité civile, basés à Nîmes, dans le Gard, sont mis à rude épreuve. Selon le porte-parole de la Sécurité civile, le capitaine Simon Habart, « nous avons largement les capacités pour faire face et faisons tout pour être prêts ».
Cependant, sur le terrain, la situation est plus complexe. À Die, dans la Drôme, les habitants ont attendu plusieurs jours l’arrivée de Canadair, repoussée malgré l’avancée des flammes. Ces bombardiers étaient occupés ailleurs : en Ardèche, en Corse, dans les Pyrénées-Orientales.
Marie Pochon, députée écologiste de la Drôme, dénonce un « manque d’anticipation et de considération des alertes scientifiques ». Elle affirme : « il est anormal de devoir choisir entre ce que nous sauvons et ce qu’on laisse brûler ».
Deux Canadair et un Dash en maintenance
La flotte de la Sécurité civile, basée à Nîmes Garons, comprend 12 Canadair, 8 Dash et 3 avions de coordination. À cela s’ajoutent 40 Dragon, des hélicoptères équipés de systèmes de largage d’eau, ainsi que des moyens fournis par l’armée de l’air. Ces appareils travaillent en coordination avec les pompiers déployés au sol.
La France a choisi de « prioriser l’engagement de moyens de lutte sur les départs d’incendie plutôt que sur les feux établis », comme l’indique la stratégie nationale actualisée en 2025. Selon le capitaine Habart, l’objectif est d’avoir des forces sur place, dans les airs ou au sol, en huit minutes maximum.
Les premiers engins volants sur place sont souvent les Dash, qui patrouillent préventivement. Les Canadair interviennent ensuite selon les besoins, mais doivent disposer d’un plan d’eau pour se recharger. Cela conduit la Sécurité civile à privilégier leur usage sur certains fronts, laissant parfois brûler d’autres zones.
Actuellement, deux Canadair et un Dash sont en maintenance, une situation dénoncée par le syndicat de pilotes de l’aviation civile. Éric Durand, son secrétaire général adjoint, souligne un déficit d’entraînement cet hiver et une saison qui a débuté rapidement avec des interventions simultanées importantes. Il précise que même avec toute la flotte opérationnelle, il n’est possible de lutter que sur un ou deux chantiers majeurs à la fois.
Vers un fonds d’adaptation des forêts aux risques d’incendie ?
La production de nouveaux Canadair, coûtant plus de 50 millions d’euros l’unité, n’a repris qu’en 2023 via une société canadienne. Des start-up françaises comme Hynaero envisagent d’entrer sur ce marché, mais leurs projets ne verront le jour qu’en 2031. En attendant, la France s’appuie sur une flotte mutualisée avec d’autres pays de l’Union européenne.
Des députés écologistes ont déposé une proposition de loi pour créer un fonds national d’adaptation des forêts aux risques d’incendie. Éric Durand met en garde : « À un moment, vous pourrez mettre autant de bombardiers que vous voulez, vous n’y arriverez pas, c’est de la pluie qu’il vous faut. »
Source : Reporterre
