L’Afrique de l’Ouest face au défi des inondations
Le changement climatique continue de frapper durement les pays du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest. Entre sécheresses prolongées et pluies extrêmes, les populations font face à des phénomènes météorologiques de plus en plus violents. Parmi les pays du Sahel les plus exposés figurent le Mali, le Niger, le Burkina Faso, le Tchad et la Mauritanie.
Les dégâts matériels sont considérables : habitations détruites, routes impraticables, ponts effondrés et terres agricoles ravagées. Des centaines de personnes ont également perdu la vie et de nombreuses villes se retrouvent sous les eaux.
Des pluies toujours intenses
Ces inondations s’expliquent par la multiplication des épisodes de pluies intenses dans la région sahélienne et du Golfe de Guinée. En peu de temps, d’importantes quantités d’eau tombent sur des sols qui les absorbent difficilement, provoquant des crues soudaines. Longtemps associée aux sécheresses, la région sahélienne est aujourd’hui confrontée à des inondations de plus en plus fréquentes et dévastatrices.
À Niamey, la capitale du Niger, comme à Ouagadougou, au Burkina Faso, les crues ont causé d’importants dégâts à plusieurs reprises au cours de la dernière décennie. Selon Moussa Malam Abdou, géographe et professeur d’hydrologie à l’université André-Salifou de Zinder au Niger, la dégradation des sols et le changement de régime pluviométrique depuis les années 1990 ont aggravé la situation.
Le changement climatique favorise donc des pluies plus intenses, augmentant les risques d’inondation. Les crues des grands fleuves comme le Niger, le Sénégal ou le Chari aggravent également la situation. À cela s’ajoutent le manque d’infrastructures de drainage et leur mauvais entretien.
Des millions de personnes affectées
Des millions de personnes ont été affectées par des inondations ces dernières années. En 2024, plus de 4,4 millions d’individus ont été touchés, et pour 2025, environ 590 000 personnes ont subi les conséquences des intempéries. En plus des pertes en vies humaines, ces événements ont provoqué d’importants dégâts matériels, détruisant des milliers d’habitations et des hectares de terres agricoles, ce qui aggrave la crise alimentaire dans toute la région. La Banque mondiale estime que le changement climatique pourrait pousser jusqu’à 86 millions de personnes supplémentaires à migrer à l’intérieur de l’Afrique d’ici 2050.
El Niño menace toujours
Des experts alertent sur le retour du phénomène El Niño, qui pourrait encore vulnérabiliser ces pays. Ce phénomène climatique naturel, qui se produit dans l’océan Pacifique tropical, entraîne des sécheresses dans certaines régions et des pluies plus abondantes et des inondations dans d’autres. Pour anticiper cette crise, la FAO et le Programme alimentaire mondial (PAM) lancent un appel de plus de 200 millions de dollars afin de protéger près de neuf millions de personnes.
Prévenir les inondations
Les États tentent de renforcer les systèmes de veille, d’alerte précoce et de diffusion des informations climatiques, afin de permettre aux populations et aux producteurs de prendre des décisions adaptées. Il y a également la sécurisation des zones à risque d’inondation et la promotion de pratiques agricoles résilientes au climat.
Urbanisation galopante
Face à des pluies de plus en plus intenses, l’urbanisation galopante figure parmi les principales causes de cette situation. Attirées par les opportunités économiques, les populations affluent vers les grandes villes et s’installent souvent dans des zones inadaptées, faute de logements suffisants ou accessibles. La vulnérabilité de villes comme Abidjan est aussi la conséquence d’une croissance urbaine rapide et mal maîtrisée.
Les États du Sahel s’organisent
Plusieurs États investissent dans la maîtrise de l’eau, construisant des barrages, des retenues d’eau et des systèmes d’irrigation pour réduire la dépendance des agriculteurs aux seules pluies. Des initiatives régionales comme la Grande Muraille Verte visent à restaurer des terres dégradées, mais l’insuffisance des financements et l’insécurité dans certaines zones du Sahel limitent leur efficacité.
Source : Deutsche Welle